COMMISSION ARABE DES DROITS HUMAINS

Arab Commission for Human Rights
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2009-07-06

Discours - William Robinson* 

 

La liberté académique est attaquée à l’université de Californie. Je fais l’objet d’une enquête par l’université – et je risque probablement des sanctions – à cause de ma condamnation verbale de l’invasion israélienne de Gaza qui a duré presque un mois en décembre dernier.

Cette campagne contre la liberté académique n’est pas uniquement une tentative de me punir. Elle vise, bien plus, à créer une atmosphère de peur et d’intimidation dans laquelle toute critique de la politique d’Israël fera l’objet de sanctions et de censure.

Cependant, le silence face à l’injustice sociale est une complicité dans cette injustice, le 19 janvier dernier était l’anniversaire de la naissance de Martin Luther King, Jr.

Nous avons déjà suivi, avec une horreur croissante, le siège de Gaza qui a duré un mois – la destruction des mosquées, des écoles, des hôpitaux, des sites d’approvisionnement des Nations Unies, des entrepôts alimentaires, la démolition des infrastructures civiles, le ciblage scandaleux des civils et l’utilisation du phosphore blanc contre eux.

Ce matin, j’ai noté quelques-uns des discours de King prononcés peu avant sa mort. Ceci inclut sa célèbre condamnation de la guerre des USA contre le Vietnam. Dans ce discours, il a expliqué que des personnes l’avaient prévenu que s’il se prononçait contre la guerre, il risquerait de perdre le soutien de certains secteurs de la coalition des libertés civiles.

Sa réponse était sans équivoque : vous ne pouvez pas vous prononcer contre une injustice mais pas contre une autre a-t-il dit. Vous ne pouvez pas faire de compromis avec les principes fondamentaux, tels que la justice, la vérité et la solidarité avec tous les peuples opprimés et maltraités. 

Cette après-midi, comme je me préparais à donner mon cours du soir à l’université de Californie à Santa Barbara, cours sur la sociologie de la globalisation, j’ai pris deux nouveaux sujets à partir de la presse électronique pour être discutés en classe, avec mes commentaires. 

Ce que je fais chaque semaine dans ma classe. Chaque semaine, je sélectionne plusieurs nouveaux articles à partir de la presse internationale et les distribue à mes étudiants, parfois avec mes propres commentaires, de manière à lancer un débat sur les événements contemporains globaux ainsi que sur les sujets à polémique.

Un des sujets était un article écrit par une journaliste juive américaine, Judith Stone, revenue récemment des territoires occupés. Son article était une critique de l’occupation, il a été publié dans la revue « Kansas City Jewish Chronicle ». Le lendemain de sa publication, l’éditrice Debbie Ducro, une autre juive américaine, a rapidement été licenciée par les éditeurs de la revue pour avoir publié l’article.

Le second sujet de discussion de la classe concernait un photoreportage public qui circulait depuis des semaines.  Ce photoreportage était une juxtaposition des atrocités nazies commises contre les juifs pendant la seconde guerre mondiale avec les atrocités israéliennes commises contre les Palestiniens à Gaza. 

J’ai présenté ces sujets avec un commentaire personnel que je voudrais vous lire maintenant avec un peu plus de passion et de conviction que lorsque je l’avais écrit :

Si Martin Luther King, Jr., était vivant le 19 janvier 2009, il n’y a aucun doute qu’il aurait condamné l’agression israélienne contre Gaza tout autant que le soutien politique et militaire américain pour les crimes de guerre israéliens ; ou encore, il se serait tenu côte à côte avec les Palestiniens. Je vous présente en parallèle quelques horribles images des atrocités nazies commises contre les Juifs avec celles des atrocités commises par les Israéliens contre les Palestiniens. Peut-être les plus effrayantes ne sont pas celles qui fournissent une représentation graphique du carnage mais celles qui montrent des enfants israéliens écrivant les mots « avec amour » sur une bombe qui mettra en pièces un enfant palestinien.

Gaza est le Varsovie d’Israël – un vaste camp de concentration, où les Palestiniens ont été confinés par l’état de siège, soumis à une mort lente par malnutrition, maladie et désespoir, presque 2 ans avant de subir une mort rapide sous les bombes israéliennes. Nous sommes témoins d’un processus de génocide au ralenti – défini par le « Webster’s dictionnary » comme « un assassinat systématique, ou un plan d’actions avec l’intention de tuer une nation entière ou un groupe ethnique » - un processus dont l’objectif n’est pas tant d’éliminer physiquement tout ou chaque Palestinien que d’éliminer les Palestiniens en tant que peuple dans le sens de son aspiration à constituer un peuple.

L’armée israélienne est la cinquième plus puissante machine militaire dans le monde, elle est soutenue par une machine de propagande qui rivalise et peut même surpasser celle des USA, une machine qui ose prétendre de façon grotesque et odieuse que l’opposition à la politique et aux pratiques d’Israël constitue un acte d’antisémitisme. Il ne devrait pas nous surprendre que cet état fondé sur la négation d’un peuple fut l’un des principaux soutiens du système d’apartheid en Afrique du sud, sans parler des dictatures militaires d’Amérique Latine jusqu’à leur effondrement suite aux protestations de leurs masses populaires ; et aujourd’hui, il arme, forme et conseille les forces militaires et paramilitaires en Colombie, l’une des pires régions du monde en matière de violation des droits humanitaires. 

Alors, que s’est-il passé une fois que j’ai distribué ce matériel de travail en classe ?

Deux étudiants sur les 80 inscrits au cours, et que je ne connais pas personnellement, ont été offusqués par les photos et ont quitté la classe.

C’était le 19 janvier. Le 9 février, la ligue anti-diffamation, ou ADL, m’a envoyé un courrier de protestation avec des copies au président de l’université de Californie, au chancelier du campus de Santa Barbara et à d’autres fonctionnaires de l’université.

Dix jours plus tard, le 19 février, les 2 étudiants ont présenté à l’université, leurs griefs contre moi. Ils ont manifestement pris modèle sur le courrier de l’ADL pour écrire leurs lettres qui ont été postées sur le blog WWW.SB4AF.WORDPRESS.COM.

Il a été révélé par la suite que depuis le début, les deux étudiants ont été conseillés par l’ADL, Hillel, « Stand with us », le « Simon Weisenthal center » et autres groupes du lobby israélien.  

Ensuite, le 9 mars, le directeur de l’ADL, Abraham Foxmen, s’envola de Washington vers Santa Barbara pour rencontrer 9 à 10 membres de la faculté ainsi que deux doyens. Certaines des personnes présentées ont été amenées à croire que la réunion concernait le programme des études juives du campus. Mais Foxmen a commencé la réunion par un unique sujet de l’agenda – ma poursuite – un point de l’agenda qui a alors été discuté durant une heure.  

C’était le 9 mars. Deux semaines plus tard, le 25 mars, l’université a décidé d’enquêter sur moi sur de possibles violations du code de conduite de la faculté.

Comme vous pouvez le voir à partir des dates de ces événements, depuis le début, des groupes extérieurs appartenant au lobby israélien ont fait pression sur l’université, suite à cela l’université a décidé de prendre des mesures à mon encontre.

Durant les deux dernières semaines de nouveaux détails, concernant cette campagne politique entreprise contre ma personne par ces groupes à l’idéologie extrémiste et possédant un agenda politique, ont été révélés.

Par exemple, l’un des membres du conseil d’administration du groupe « Stand with us », avait semble-t-il, rencontré le chancelier à la mi-mars – avant les charges portées contre moi. Selon le site web de « stand wih us, il avait prévenu le chancelier que les fondateurs pouvaient retirer leur soutien à l’université et lui avait réclamé d’enquêter sur moi.   

De plus, il a été reporté que différents groupes du lobby pro-Israël avaient rencontré d’autres fonctionnaires de l’université avant de prendre la décision de porter des accusations contre moi.

Vous trouverez toutes ces informations et tous les documents originaux sur le blog que j’ai mentionné.  

Et quelles sont ces charges portées contre moi? Elles sont au nombre de deux :

La première accusation est que je suis un antisémite. La déclaration que la condamnation de la politique et des pratiques de l’état d’Israël équivaut à un acte d’antisémitisme est une tentative odieuse pour étouffer ma critique d’Israël. Il n’y a pas plus de mérite à déclarer que la critique du gouvernement iranien est islamophobe, ou que la critique du gouvernement zimbabwéen est un racisme anti-noirs et ainsi de suite.

Il s’agit d’un vicieux stratagème politique, dont l’intention est de détourner la critique de la politique et des pratiques de l’État israélien, et il devrait être dévoilé et dénoncé en tant que tel.  

La seconde accusation portée contre moi est que j’aurais introduit dans mon cours un sujet qui n’avait aucune « relation substantielle »  avec mon cours. Le fait que l’invasion israélienne de Gaza serait sans relation avec un cours portant sur les affaires du monde contemporain est au-delà ma compréhension.

Ce qui se passe ici est très clair. Je suis tout simplement la dernière victime de la campagne menée par le lobby israélien et ses bailleurs de fonds pour harceler, attaquer et réduire au silence les critiques de la conduite de l’État israélien, y compris le mépris flagrant de l’État israélien pour le droit international, son occupation illégale, ses violations des droits de l’homme, ses crimes de guerre, son nettoyage ethnique et son système d’apartheid.

Israël peut gagner les batailles militaires – sachant qu’il s’agit de la cinquième plus puissante machine militaire dans le monde et qui bénéficie d’une aide étasunienne annuelle de 3-4 milliards de dollars. Mais avec l’invasion brutale de Gaza faisant suite à celle du Liban, Israël a perdu la bataille de la légitimité.

Le directeur du comité des affaires publiques américano-israéliennes (AIPAC), Howard Kohr, a reconnu l’érosion de cette légitimité, quand il a ouvert la conférence annuelle de la convention de l’AIPAC tôt ce matin. Il a déclaré qu’il y avait une immense et croissante campagne internationale luttant contre la politique d’Israël :

« Cette campagne n’est plus confinée aux divagations de la politique d’extrême gauche ou d’extrême droite » a-t-il dit, « mais elle entre de façon grandissante dans le main stream américain »

C’est dans ce contexte que le lobby israélien renforce ses attaques malveillantes contre quiconque se prononcerait contre la politique israélienne. L’année dernière l’ADL a annoncé qu’elle commencerait à cibler les grandes universités d’État en commençant par l’université de Californie.  

Voilà le contexte dans lequel cet appareil politique m’a ciblé. Les poursuites que je subis est une partie d’un plus grand – et bien documenté – modèle de la répression Maccarthyste, à travers les Etats-Unis et le Canada, déclenchée contre les campus universitaires, contre tout enseignant qui ose lancer un débat contre la politique israélienne et ceux qui pourraient venir appuyer les droits des Palestiniens.

Ces campagnes visant à étouffer tout débat constituent une grave attaque contre la liberté académique, la liberté d’expression et la démocratie elle-même.

Pourquoi la liberté académique est si importante ?

La liberté académique est l’âme de l’université. Toute atteinte à cette liberté pourrait refroidir l’engagement de la communauté universitaire dans les débats ouverts et tout échange d’idées sur les sujets contemporains loin des intimidations et menaces de sanctions.

La liberté académique n’est donc pas négociable. Elle englobe, conformément à la définition présentée par l’association américaine des professeurs universitaires, entre autre, le droit du corps enseignant à une totale liberté dans la recherche et la publication des résultats, à la liberté de discuter en classe leurs sujets ; le droit d’être à l’abri de la censure institutionnelle, la discipline ou l’ingérence restrictive de l’enseignement, la recherche, la parole et la publication, quel que soit le chemin auquel peut conduire la recherche de la vérité et de la compréhension.  

La liberté académique est une menace pour le lobby israélien – et, bien sûr, à tout projet anti-démocratique, despotique ou totalitaire – précisément parce qu’elle proscrit la censure et interdit toute tentative de limitation de ce qui est acceptable ou non, dans la recherche, l’enseignement, les interrogations et les débats, et précisément, parce que la liberté académique se nourrit de la controverse et de l’esprit critique.

Il n’y a rien d’étonnant à ce que la liberté académique ait été retirée en Allemagne nazie, dans l’apartheid sud-africain, sous les régimes dictatoriaux d’Amérique latine, dans l’ex-Union soviétique, et aux Etats-Unis à l’époque du Maccarthysme et à d’autres époques de notre histoire. Et on n’a certainement pas besoin de se demander pourquoi la liberté académique constitue une telle menace pour le lobby israélien et ses soutiens.

Notre mission en tant qu’éducateurs est d’aider à former des citoyens qui peuvent réfléchir de façon critique et indépendante sur les questions brûlantes de notre époque, et qui peuvent participer de façon sensée et constructive dans la société.

Permettez-moi de vous lire un passage de la déclaration de l’Association américaine des professeurs d’université sur la liberté académique : 

C’est une erreur de supposer que les étudiants ne peuvent admettre que leurs croyances les plus chères soient contestées. Cette supposition contredit l’objectif central de l’enseignement supérieur, lequel invite les étudiants à réfléchir solidement sur leurs propres vues quelles qu’elles soient. Il ne s’agit ni de harcèlement ni de discrimination envers l’étudiant quand on pousse loin la critique de l’idée ou du point de vue qu’il a avancés.

Les idées pertinentes concernant un sujet discuté en classe ne peuvent être censurées sous prétexte qu’un étudiant ayant des croyances religieuses ou des opinions politiques particulières pourrait être offensé. L’instruction ne peut avancer dans une atmosphère de peur qui pourrait se produire quand un enseignant est soumis à une sanction administrative due à la réaction idiosyncrasique d’un ou de plusieurs étudiants… La controverse est dans le cœur même de la libre enquête académique… »

Du début à la fin, cette attaque contre ma personne constitue une violation évidente, alarmante et politisée de la liberté académique.  

De façon très simple, deux étudiants ont soumis un grief contre moi auprès de l’administration universitaire à cause de leur opinion politique divergente de la mienne et parce que le matériel utilisé pour le cours en classe était contraire à leurs opinions politiques. Et il est devenu clair maintenant que ces deux plaignants font partie du lobby israélien. Ils sont partis directement voir ce lobby, ensuite la lourde machinerie de sa répression m’est tombée dessus.  

Peut-on vraiment penser que je ferai aujourd’hui face à de telles charges si j’avais introduit dans mon cours un matériel de lecture pro-israélien et que deux de mes étudiants palestiniens avaient soumis leurs griefs ?  

Pire que la nature politique de ces griefs ou l’ingérence flagrante de groupes extérieurs extrémistes possédant leur agenda politique dans les affaires de l’université, est le fait que l’université se soit fait la complice de tout cela.

Le procès engagé par l’université contre ma personne a été effectué en violation systématique des procédures de l’université et en me privant d’une procédure régulière comme je l’ai raconté sur mon blog www.sb4af.wordpress.

Soyons clair, en supprimant la liberté académique, l’université deviendra un camp d’endoctrinement où la vérité sera assujettie à l’idéologie et au pouvoir. Voilà la menace à laquelle nous faisons face.

Aujourd’hui, si l’administration de l’université a agi de manière aussi répréhensive, et faisant  honte à l’université de Californie, comment les corps enseignants et estudiantins ont-ils alors réagi ?

Bien, quand ils ont appris les accusations portées contre moi, les étudiants de mon campus ont établi un « comité de défense de la liberté universitaire », ils ont créé également le blog que j’ai mentionné et qui présentait une pétition.

Beaucoup de membres du corps enseignant sont pour leur part indignés par cette attaque contre notre liberté académique et se sont mobilisés de plusieurs manières pour la défendre.  

Le comité de défense de la liberté académique a reçu des centaines de lettres de la part de l’université, des associations académiques et du public du monde entier, exigeant l’abandon des accusations portées contre moi.   

Les membres du corps des enseignants de mon campus font circuler en ce moment une pétition qui précise d’une part :

Depuis le 25 février, notre collègue William I. Robinson, professeur de sociologie, a été l’objet d’une série d’attaques de la part de deux étudiants et d’un nombre d’individus extérieurs au campus ce qui représente une grave violation de la liberté académique et une menace pour l’autonomie de l’université.

Mécontents du contenu d’un e-mail et de deux articles communiqués par le Prof. Robinson à sa classe, le 19 janvier et s’opposant à la récente offensive israélienne contre Gaza, deux étudiants ont déposé une plainte au sénat pour « inconduite académique » et « antisémitisme ».

Le 25 février, le sénat académique de l’UCSB (University of California, Santa Barbara) a ouvert une enquête officielle concernant ces allégations. Cette enquête est en cours, elle est connue sur le plan national et international.  

Indépendamment du bien-fondé de la plainte des étudiants, au cours des quelques dernières semaines, l’exposition publique de ce cas a mis en évidence les violations patentes du droit du Prof. Robinson à une procédure régulière de la part du sénat et ses comités, violations accompagnées d’informations inquiétantes concernant des pressions sur l’administration de la part d’organisations telle que la ligue anti-diffamation (ADL) pour infliger une sanction au Prof. Robinson et en faire un exemple.  

Nous avons appris que des organisations comme l’ADL avaient organisé une campagne pour faire pression sur l’administration et le sénat académique pour faire de ce cas un exemple afin d’éviter toute opposition verbale contre l’état d’Israël et sa politique.

Cette situation exige une réponse décisive, publique et rapide par l’UCSB pour la défense de la légalité et de la liberté académique aussi bien sur le fond que sur la forme.  

Entre-temps, j’ai reçu plusieurs e-mails et lettres du monde entier. La plus grande partie de cette correspondance a été dans le but de me soutenir mais j’ai aussi reçu de nombreux courriers haineux dont quelques-uns étaient violents et vulgaires.

Il est clair que faire des comparaisons historiques entre le comportement de l’état d’Israël et celui de l’État nazi est quelque chose de très difficile à accepter par les défenseurs d’Israël. Cela touche évidemment un nerf sensible.

D’une part, comme a écrit un lecteur du « Los Angeles Times » à propos d’une interview me concernant dans un courrier qui m’était destiné ainsi qu’aux éditeurs : « Si vous n’aimez pas la comparaison avec les nazis alors exhortez Israël à ne plus commettre des atrocités comme celles commises par les nazis plutôt que de condamner et ostraciser ceux qui font cette comparaison ».

Voilà, on n’évoque les nazis que pour montrer des comportements nazis. Ce qui devrait être évident.

Vu sous cet angle, il existe un parallèle certain entre le ghetto de Varsovie et celui de Gaza. Les nazis ont entrepris un transfert forcé de la population avant de fermer le ghetto en y murant leurs victimes, contrôlant tout mouvement, les aliments, les équipements médicaux ou toute autre chose entrant ou sortant du ghetto, causant ainsi crise humanitaire, maladies et famine, et répondant avec une force disproportionnée contre le plus petit signe de résistance dans le ghetto.  

Les Israéliens ont fait de même à Gaza, ils ont transformé un énorme ghetto en un camp de concentration.

En raison du blocus israélien de Gaza et de la destruction de son système d'approvisionnement alimentaire, la malnutrition aiguë dans la bande de Gaza est du même ordre que celle des nations les plus pauvres dans le sud du Sahara selon l'Organisation des Nations Unies. Plus de la moitié des familles palestiniennes ne peuvent manger qu’un seul repas par jour.

D’autre part, il est évident que la comparaison entre les atrocités nazies commises contre les juifs durant la seconde guerre mondiale et les atrocités israéliennes actuellement commises contre les Palestiniens n’a pas pour but de suggérer que les Israéliens sont la réplique des nazis. Les différences sont nombreuses. Deux événements ou processus historiques ne sont jamais identiques. Montrer des analogies ou établir des comparaisons entre des événements ou processus  historiques et contemporains ne vise pas à suggérer qu’ils sont identiques.

De telles comparaisons constituent plutôt des outils pédagogiques destinés à dévoiler les modèles du comportement humain – ou plutôt les mauvais comportements humains – qui peuvent se manifester dans diverses circonstances historiques ; pour identifier les conditions structurelles qui peuvent conduire à ces comportements, et pour méditer sur le passé, de sorte que les agents collectifs du présent puissent acquérir une plus grande compréhension de la signification et du sens de ces événements contemporains qui partagent des caractéristiques similaires avec ceux du passé; et avec l’espoir de donner suite à cette compréhension.

Les sionistes et les défenseurs d’Israël se sentent grandement offensés de tout rapprochement entre les actions de l’État israélien et celles des nazis, d’une part, parce que l’holocauste juif est utilisé par l’État d’Israël et le projet politique sioniste comme un mécanisme de légitimation, de sorte qu’établir de telles analogies revient à miner le discours légitimiste israélien.

Il est capital de souligner que ce discours est arrivé à légitimer, peu à peu, les projets ou la politique actuelle d’Israël qui montrent de plus en plus une similarité effrayante avec d’autres cas historiques de génocides. En fait, ce à quoi nous assistons actuellement, c’est à un pré-génocide.  

Le parti politique du ministre des affaires étrangères israélien, Avigdor Lieberman, a proposé récemment une loi visant à écrouer pendant 3 ans toute personne qui commémorerait la « Nakba » (WWW.HAARETZ.COM/HASEN/SPAGES/108588.HTML ).

Cette proposition provenant d’un parti du gouvernement de coalition israélien devrait déclencher l’alarme pour avertir l’émergence du fascisme. Ce projet de loi revient à criminaliser toute action pour la mémoire, l’identité collective et pour l’expression culturelle et politique.

Peut-on imaginer la criminalisation de la commémoration de l’esclavage des noirs, du génocide des indiens d’Amérique ? Ou de la commémoration juive de l’holocauste ?   

Libermann a qualifié les Arabes israéliens de « dangereuse cinquième colonne » et a proposé de les éliminer. Un tel projet raciste de transfert des populations est par trop similaire aux autres cas historiques et contemporains de nettoyage ethnique et de génocide, y compris l’expérience nazie.

Pourtant, les sondages montrent qu’une majorité d’israéliens - 60 pour cent - sont aujourd’hui favorables à ces déplacements forcés.  

Ceci n’est qu’un avertissement de plus pour une population qui a souffert du cauchemar de l’extermination nazie et qui embrasse à son tour les idées fascistes. Nous voyons ainsi, dans ces évolutions, la valeur pédagogique des analogies entre des situations contemporaines et historiques, ainsi que l’impératif éthique révélé par la comparaison.

La capacité de commettre des atrocités comme celles de l’holocauste perpétré par les nazis est en nous tous. C’est pour cette raison que la condamnation de l’oppression et de la domination ne peut pas être sélective. Soit nous la condamnons dans chaque cas soit nous perdons l’autorité morale de la condamner dans tous les cas.

Si nous condamnons l’holocauste nazi, nous devons condamner ce que j’ai décrit comme un génocide au ralenti des palestiniens par les Israéliens. Le fait que ces 2 événements ne soient pas identiques est sans rapport avec l’objectif pédagogique de l’analogie ou avec l’impératif moral qui adhère à la comparaison.

Le bien connu historien juif Benny Morris, qui est professeur à l’Université Ben Gourion dans le Néguev, et qui s’identifie profondément avec Israël, a donné une longue interview au journal israélien « Haaretz », publiée le 9 Janvier 2004.  

Dans cette interview, il se réfère au génocide des indiens d’Amérique dans ce qui est aujourd’hui les Etats-Unis afin de suggérer que le génocide peut être acceptable. Il a dit :

« Même la grande démocratie américaine n’aurait jamais été créée sans l’annihilation des indiens. Il existe des cas où le bien final justifie des actes durs et cruels commis au cours de l’histoire »  

Ensuite, il a lancé son appel pour le nettoyage ethnique des palestiniens, en disant: « une sorte de cage doit être construite pour eux. Je sais que cela semble terrible. C’est cruel. Mais il n’y a pas d’autre choix. Il y a un animal sauvage qui doit être enfermé d’une manière ou d’une autre».

Une telle déclaration nous pousse à une pause. Nous devons considérer avec attention ce que Morris est en train de proposer ainsi que le projet historique au nom duquel il fait une telle proposition.

Cela me conduit à conclure à une impérieuse mise en garde.

Au-delà la Palestine et Israël, au-delà l’Université de Californie, nous sommes au milieu d’une crise globale, la pire crise depuis des décennies.

Que cette crise se déroule et nous aurions à affronter un effondrement écologique qui menace la vie sur la planète, les moyens de la violence étant les plus grands et les plus destructifs que l’humanité ait jamais connus.

C’est à l’occasion des crises comme celle-ci que les tensions politiques et sociales augmentent et que les projets fascistes et totalitaires voient le jour.

Il n’existe qu’une seule façon pour empêcher de tels projets : la justice sociale. Et la justice sociale exige de dire la vérité au pouvoir.

Il est temps de fixer les limites. La seconde guerre mondiale a commencé quand la démocratie a été renversée en Espagne et que Franco arriva au pouvoir. Cette guerre nous a conduits à l’holocauste, et ainsi, à ouvrir la voie au projet sioniste pour qu’il exerce son hégémonie sur la communauté juive mondiale, en s’alignant sur les puissances impérialistes victorieuses de la guerre ce qui nous a apporté, à son tour, la tragédie de la Nakba, de Gaza, de l’occupation, et maintenant la menace de génocide contre les Palestiniens. 

En s’élevant pour la justice sociale en Palestine, en défendant la démocratie et la liberté académique dans les campus universitaires des Etats-Unis, nous ne faisons que suivre les  principes, et les causes ethniques comme nous l’a rappelé Martin Luther King Jr.

En se dressant pour ce qui est juste, décent, et humain sans crainte des sanctions nous pouvons faire face et l’obtenir, nous fermons également la porte à un avenir probablement plus tragique au 21ème siècle qu’il ne l’a été dans le passé.

Je vous remercie

* Professeur de sociologie, d’études globales et latino-américaines, Université de Californie, Santa Barbara.

Observations au 7ème congrès annuel de la convention internationale Al-Awda, coalition pour le droit  au retour en Palestine (Garden Grove, Califormia, 23 mai 2009)

 

 

 

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