COMMISSION ARABE DES DROITS HUMAINS

Arab Commission for Human Rights
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2016-10-04

Gestion des crises des refugiés et rôle des sociétés civiles : cas Association Amel /Liban

 

 

Palais des Nations – Salle 27

13 septembre 2016

Présentation de Dr Violette Daguerre

 Présidente de la Commission Arabe des Droits Humains

 

Mesdames et Messieurs bonjour

Merci d’avoir pris la peine de vous déplacer jusqu’ici

Vous n’êtes sûrement pas sans ignorer ce qui se passe dans le monde arabe et le grand chamboulement opéré en vue de transformer la configuration actuelle de ses Etats et leur découpage en fonction des desseins des puissances politiques et économiques qui régissent notre monde d’aujourd’hui.

Des guerres de toutes sortes, menées pour une raison ou une autre, et notamment depuis cinq ans sous couvert d’institution de la démocratie et des droits de l’homme, prennent des allures d’extermination, avec des agressions multiformes et leurs lots d’horreurs, de souffrances et de destructions, jetant sur les routes des centaines de millions de personnes pensant pouvoir se sauver ainsi la vie.

Or, rien que la mer Méditerranée a vu la disparition de milliers de personnes de ceux ayant fui les combats dans leurs pays, dont des enfants qui ont péri dans des conditions atroces et dont les photos marqueront à jamais le visage de l’humanité. Une dizaine de milliers d’autres enfants non accompagnés ceux-là, ont selon des données récentes d'Europol, disparu après leur arrivée en Europe. Que sont devenus et comment peut-on les retrouver ? Question posée il y a quelques mois dans l’enceinte du Palais des Nations Unies durant les travaux du Conseil des droits de l’homme et pour laquelle je n’ai eu droit à aucune réponse ou quelconque retour.

Mon pays d’origine le Liban a vu ces dernières années l’arrivée massive sur son sol de réfugiés, notamment syriens, et a dû héberger pas loin de 2 millions de personnes, et ce pour une population estimée à un peu plus que le double. Seulement, les promesses d’aides à allouer n’ont pas été honorées pour un pays qui connait une grave crise économique et politique sans oublier l’autre sécuritaire.

Ce pays là est vraisemblablement le seul à n’avoir pas isolé ces nouveaux refugiés dans des camps, et qui a su, malgré ses moyens économiques très limités, réussir le développement du modèle inclusif, alors qu’on a vu certains bien plus puissants économiquement fermer carrément leurs portes et entendu d’autres pousser de cris hystériques pour un nombre de réfugiés beaucoup moins important.

Le Liban accueille plus d’un demi–million d’enfants en âge de scolarités, mais dont  moins de la moitié se trouvent, faute de moyens, scolarisés. Nombreux sont ceux parmi eux qui cherchent à nourrir leurs familles par le travail mené presque clandestinement et dans des conditions qui compromettent leur santé, voire leur vie. Là on ne peut pas échapper à l’interrogation sur le dessein voulu pour ces nouvelles générations dont la vie et l’avenir n’intéressent en aucune manière ceux qui gouvernent ce monde.

A ceux-là ne pourrions-nous poser la question du comment, si ce n’est pas du pourquoi, faire pour maintenir les déplacés dans leurs régions, ou comment faciliter le retour de ces réfugiés dans leurs pays plutôt que de parler de leur installation dans les pays d’accueil, au risque d’aggraver leurs problèmes et ceux de leurs pays d’origine comme d’accueil ?

Comme d’habitude et à chaque fois qu’il y a grandes crises et que les gouvernements se montrent défaillants, c’est la société civile qui prend le relai autant que faire se peut. Et paradoxalement dans ces situations on fait appel, ou pour le moins, on tolère ces ONG, alors que ce ne sont pas des structures de toute puissance. C’est plutôt au prix d’une grande abnégation et de don de soi, de vie privée et familiale malmenées et de ressources bien limitées que leur personnel et leurs bénévoles oeuvrent pour le bien de ce monde et pour les valeurs auxquelles ils continuent malgré tout à croire.et à se donner.

L’association Amel est dans ce sens un modèle bien parlant. C’est une association pionnière dans son genre dans la construction de la paix sociale. Ceci se fait à travers les soins de santé qu’elle abdique, et les services médicaux, le soutien psychologique, social et culturel qu’elle offre aux laissés pour compte libanais et aux marginalisés des pays alentours accueillis sur le sol libanais, indépendamment de leur appartenance religieuse, politique ou ethnique. Pour tout cela et pour son engagement citoyen et la préservation de la dignité humaine, l’association internationale Amel reste un modèle de solidarité et de changement.

C’est depuis 37 ans que cette association, avec à sa tête Dr Kamel Mohanna, et ses 800 employés avec une dizaine de bénévoles libanais et de différentes nationalités européennes, ses 24 centres de santé et ses 8 cliniques mobiles, tout comme ses autres structures, œuvre pour fournir jusqu’à présent pas moins de 8 millions services de qualité aux marginalisés libanais et 1 million et demi rien que durant les 3 dernières années pour des déplacés syriens. Services médicaux, d’éducation, de formation professionnelle, de développement économique, d’assistance à personnes âgées, d’autonomisation de femmes et enfants, de promotion des droits de l’homme et j’en passe.

Bref, Amel distribue l’amour partout où elle passe, en se décentrant de soi, en s’identifiant à l’autre qui sollicite son aide et en soignant ses maux et mettant du baume sur ses blessures. Ainsi, elle restaure quelque part cette conscience collective souffrante et abimée par tant d’horreurs et de détresses.

Pour tout cela et pour bien d’autres aspects pas tous évoqués dans ce petit laps de temps volé au temps ici que l’Association Amel mérite la présentation de son dossier pour le prix Nobel 2016. Nous y avions cru à la Commission Arabe des Droits Humains et avions été parmi les premiers à mobiliser nos efforts pour la soutenir dans cette démarche. Soyez avec nous, avec elle, pour la concrétisation de cet objectif et mobilisons-nous tous ensemble dans ce mouvement qui scelle un avenir plus brillant pour notre devenir dans cette région du monde et dans ce Liban bien beau mais bien malmené par les aléas de l’histoire, surtout la récente.

Nous sommes bien convaincus que ces populations pourchassées par les malheurs qui s’abattent sans cesse sur eux ont besoin d’espérer et de croire à un possible changement de leur quotidien. La réalisation de la vraie justice, la réelle paix et non celles des discours de ceux qui entravent la marche de l’humanité vers l’établissement d’une véritable et solide progression. Pour ces nobles et justes visées vers un monde meilleur, des actions audacieuses et prometteuses doivent être mises en place sans tarder. Parfois, il suffit de reprendre confiance en soi et vaincre ses angoisses et ses peurs de l’autre qui n’est que son autre facette. Il n’y a pas finalement que les damnés de la terre qui connaissent peurs, humiliations et souffrances et qui rêvent de connaître joies, bonheur et réussite.

Aidons alors ceux qui dirigent ce monde et qui ont eux aussi et peut-être surtout des difficultés à maîtriser le cours des événements. Aidons-les à réussir leur mission car, à travers le sort qui nous est réservé, il s’agit du sort de toute l’humanité disputé sur notre terre. Or, le monde leur échappe comme on le constate si souvent, car la logique qui régit le mouvement de l’histoire est loin de se résumer à des connaissances techniques. Et pendant ce temps ceux qui souffrent attendent que leurs maux et souffrances soient soulagés, que leurs besoins soient prix au sérieux. Il s’agit après tout de l’équilibre de la planète et non seulement des désirs des uns et des autres.

Dans ce monde qui marche sur sa tête, nous avons besoin de modèle de solidarité et d’engagement pour l’humain. Il faut se convaincre qu’on peut changer le cours de choses et même de l’histoire par la force de nos convictions et de  notre persévérance, comme l’ont fait parfois des personnes solitaires et des individus qui ont marqué de leur empreinte indélébile et de manière positive l’histoire humaine.

Le salut est à notre portée, il  nous revient de droit. Aidez-nous, aidez-vous à y accéder sans palliatifs et vaines  promesses. Réunissons nos forces pour un monde meilleur avec ceux qui croient en l’humain en chacun de nous. Nous devrions y arriver pour le bien de tous, pour la paix sociale et le bonheur sur terre, loin des guerres et du terrorisme sous toutes ses formes.

 

 

 

 

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