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2017-03-08

Déstabilisation et complots contre la Syrie : une longue histoire américaine

 

 

Depuis soixante ans, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont été à l’origine de tentatives – abouties ou non -  de changements de régime en Syrie.

Dès 1949, la République Syrienne, nouvellement indépendante, représenta un terrain d’entraînement important pour les premières expériences d’opérations secrètes de la CIA. Selon Douglas Little, professeur au Département d’Histoire de la Clark University, des documents américains récemment déclassifiés confirment qu’à partir du 30 novembre 1948, l’agent de la CIA Stephen Meade a rencontré le colonel Husni al-Zaim au moins six fois pour discuter de « la possibilité d’une dictature soutenue par l’armée en Syrie ». Al-Zaim procéda, effectivement, en mars 1949, à un coup d’État mettant fin au régime parlementaire syrien dirigé par Choukri al-Kouatli, militant de la lutte pour l’indépendance et premier président élu en 1943. Al-Zaim est renversé en août de la même année par le colonel Sami al-Hinnawi, et  exécuté. Malgré son règne très court, le colonel Al-Zaim aura le temps d’extrader le leader libanais très populaire, Antoun Saadé, qui s’était réfugié à Damas, après l’échec de son insurrection contre le gouvernement libanais, vers le Liban où il sera exécuté lâchement le 8 juillet 1949, après un simulacre de procès. Il n’est pas exclu que c’est la CIA qui avait exigé de sa marionnette Hosni al-Zaïm de l’extrader après l’avoir bien accueilli.  

En décembre 1949, al-Hinnawi est à son tour renversé par un troisième coup d’État mené par Adib Chichakli, soutenu par les États-Unis et la Grande-Bretagne. Il se proclame président de la République en 1951. Il reçoit une aide considérable de Washington et de Londres, les premiers dans l’espoir, entre autres objectifs, qu’il signe un traité de paix avec Israël, les seconds pensant l’amener à adhérer au futur pacte de Bagdad, alliance militaire sous le contrôle de Londres et de Washington, réunissant l’Irak, la Turquie, le Pakistan, l’Iran, les États-Unis et le Royaume-Uni. Au cours des négociations entre Washington et Damas, en 1952, les États-Unis vont jusqu’à proposer 400 millions de dollars à la Syrie pour qu’elle accueille sur son territoire plus de 500 000 Palestiniens. Chichakli est renversé à son tour en 1954. les civils, avec l’alliance entre le Parti socialiste et le Parti Baas, reprennent le pouvoir.

Derrière le premier coup d’État de 1949, se trouvent, également, les intérêts pétroliers. À la fin de 1945, l’Arabian American Oil Company (ARAMCO) annonçait le projet de construction du Trans-Arabian Pipe Line (TAPLINE) de l’Arabie saoudite à la Méditerranée. Avec l’aide des États-Unis, ARAMCO s’était assuré les droits de passage au Liban, en Jordanie et en Arabie saoudite. En Syrie, le droit de passage était bloqué par le Parlement. En d’autres termes, la Syrie était le seul obstacle à ce pipeline qui sert les intérêts pétroliers américains dans la région. La CIA est active dans tous ces coups d’État immédiatement post-indépendance.  Mais cela ne s’arrête pas là.

En 1957, le président américain et le Premier ministre britannique se mettent d’accord pour provoquer, à nouveau, un changement de régime en Syrie. Le 12 août de cette même année, un coup d’État est organisé par la CIA et les pays du Pacte de Bagdad pour renverser le président Choukri al-Kouatli. Exilé en Égypte depuis le coup de 1949, il était revenu en Syrie en 1955 et avait été réélu président. Conservateur à la tête d’un gouvernement de gauche, il s’était déclaré « neutraliste » dans le cadre de la Guerre froide, mais s’était rapproché du bloc de l’Est après le refus des Etats-Unis de vendre des armes défensives à la Syrie, bloquant même tout octroi de crédit international en vue de financer ses projets de développement. Le 12 août, l’armée syrienne faisait échouer la tentative de coup visant à mettre en place un régime pro-occidental, et assiégeait l’ambassade américaine à Damas. Le chef syrien du contre-espionnage syrien, Abdul Hamid Sarraj, faisait expulser trois diplomates américains, Rocky Stone, spécialiste des coups d’État - artisan, en 1953, du renversement de Mohammed Mossadegh, premier Premier ministre iranien démocratiquement élu en 1951, remplacé par le Chah Reza Pahlavi - et d’autres agents de la CIA, ainsi que leurs complices, et plaçait l’ambassade américaine sous surveillance.

Ces complots à répétition ourdis par les pays occidentaux et par la Turquie poussèrent la Syrie à s’unir avec l’Egypte de Nasser, en 1958, créant la République arabe unie et à se tourner vers l’Union soviétique pour sa défense et son développement.

Cette politique d’alliance avec le bloc soviétique continuera malgré l’éclatement de la RAU en 1961. Avec l’accession du Baas au pouvoir, le 8 mars 1963, les relations avec l’Union soviétique puis avec la Russie se poursuivront en se renforçant.

Élément important, la Syrie contrôlait aussi l’une des principales routes du pétrole du Moyen Orient, le pipeline qui reliait les champs pétroliers de l’Irak pro-occidental à la Turquie. Selon le rapport déclassifié, des incidents et des escarmouches devaient être organisés aux frontières pour donner un prétexte à une intervention irakienne et jordanienne. Il fallait que la Syrie « apparaisse comme responsable de complots, de sabotages et de violences dirigés contre les gouvernements voisins ». « La CIA et le SIS (Secret Intelligence Service, le renseignement britannique, plus communément appelé le MI6 ) utiliseraient leurs capacités dans les champs psychologique et sur le terrain pour augmenter la tension ».

Le plan prévoyait de créer un « Comité pour une Syrie libre » (cela ne vous rappelle-t-il rien ?) et d’armer « des factions politiques avec des capacités paramilitaires ou autres » à l’intérieur de la Syrie. La CIA et le MI6 devaient inciter à des soulèvements internes, par exemple les Druze dans le sud, faire libérer les prisonniers politiques de la prison de Mezzé, et pousser les Frères musulmans à Damas à la révolte contre le pouvoir élu.

Les documents de la CIA récemment déclassifiés montrent qu’en 1986, l’agence américaine de renseignement avait élaboré des plans pour renverser le régime syrien en provoquant des tensions sectaires.

À nouveau, en 1991, les néoconservateurs planifiaient un changement de régime en Syrie. Comme le note Nafeez Ahmed, selon l’ancien ministre français des Affaires étrangères, Roland Dumas, la Grande Bretagne avait planifié une action secrète en Syrie dès 2009 : « J’étais en Angleterre deux ans avant les violence en Syrie, a-t-il expliqué à la télévision française. J’ai rencontré des hauts responsables britanniques qui m’ont confié qu’ils étaient en train de préparer quelque chose en Syrie. C’était en Grande-Bretagne, pas aux États-Unis. La Grande Bretagne préparait des soldats pour envahir la Syrie ».

Des emails fuités de l’officine privée de renseignement Stratfor, dont des notes provenant d’une réunion avec des responsables du Pentagone, confirment que dès 2011, l’entraînement de forces de l’opposition syrienne, par les forces spéciales américaines et britanniques, était déjà bien avancé. L’objectif était de provoquer « la chute » du régime d’Assad « de l’intérieur ».

Pendant soixante ans, les États-Unis ont, donc, mené une politique de  changements de régime en Syrie. La guerre qu’ils ont provoquée en 2011 entre totalement dans cette stratégie.

 

Par : Afrique-Asie   28/02/17

 

 

 

 

 

 

 

 

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