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2017-05-08

La couverture fournie par les US pour la stratégie de famine saoudienne au Yémen - Gareth Porter

 

 

Alors que la population du Yémen est au bord de la famine massive ces récents mois, les Etats-Unis ont joué un rôle crucial en rendant possible la stratégie saoudienne responsable de cette potentielle catastrophe humanitaire.

Et l’Administration d’Obama et celle de Trump ont accordé une priorité à l’alliance des US avec les Saoudiens et les alliés du Golfe sur la vie de centaines de milliers de Yéménites menacés par une famine imminente.

Bien que les agences ONU n’ont pas offert une estimation publique du nombre de Yéménites qui sont morts dans des conditions liées à la malnutrition, il est probable que le chiffre soit beaucoup plus élevé que les estimés 10.000 tués directement par les bombardements de la coalition saoudienne. Les agences de l’ONU ont estimé que 462.000 enfants yéménites de moins de cinq ans ont déjà souffert de malnutrition sévère, leur faisant courir un risque sérieux de mort par famine et de maladie liée à la malnutrition.

La coalition saoudienne a poursuivi une stratégie de guerre de pression maximum contre la résistance Houthi en détruisant une infrastructure agricole, de santé et de transport et en empêchant l’accès à la nourriture et aux carburants pour la plupart de la population yéménite. Les Etats-Unis ont rendu possible pour les Saoudiens de poursuivre cette stratégie en ravitaillant en carburant les avions de la coalition dirigée par les Saoudiens qui bombardent le Yémen et en vendant des bombes. Tout aussi important, cependant, les US ont fourni la couverture politico-diplomatique dont les Saoudiens ont besoin pour mettre en œuvre ce comportement  impitoyable sans effets secondaires internationaux massifs.

L’Administration Trump est même allée plus loin en soutenant la stratégie saoudienne. Alors que l’Administration Obama s’était opposée à l’offensive de la coalition dirigée par les Saoudienne de reprendre le contrôle du port principal d’Hodeidah et du reste de la côte de la Mer Rouge, en disant que cela empirerait la crise humanitaire au Yémen, l’Administration Trump à clairement donné le feu vert aux Saoudiens pour lancer cette offensive.

De plus, le commandant du Commandement central, le Gén. en chef  Joseph Votel, a qualifié le Yémen « d’intérêt vital » pour les Etats-Unis, argumentant que des forces anti iraniennes  doivent en avoir le contrôle pour empêcher des menaces iraniennes sur le Détroit de Bab-el-Mandeb. Cet argument qui évoque une menace tout à fait artificielle pour le trafic commercial par le détroit, implique clairement un soutien actif pour la stratégie saoudienne de recapture d’Hodeidah et d’obstruer  tous les accès à la nourriture pour la portion de la population yéménite  sous le contrôle des forces loyales aux Houthis et à l’ancien président Ali Abdullah Saleh.

Mais l’Administration Obama avait déjà acquiescé à une série d’actions de la coalition dirigée par le Saoudiens pour imposer  des restrictions toujours plus strictes à l’accès de la population à la nourriture, aux carburants et aux fournitures médicales. Une coalition de rebelles Houthis et de troupes loyales à l’ancien président Saleh avaient chassés du pouvoir le Président Abdrabbuh Mansur Hadi soutenu par les US et les Saoudiens en 2015, et il s’est par la suite échappé d’Aden à Riad. Les Saoudiens ont cherché et obtenu le soutien de l’Administration Obama pour une guerre pour réinstaller le gouvernement Hadi par la force. Mais l’avance de la coalition dirigée par les Saoudiens a bientôt calé alors que les forces Houthi-Saleh démontraient leur maîtrise en tactiques de la guérilla. Alors les Saoudiens se sont mis à compter sur une stratégie qui privait la population dans la zone contrôlée  Houthi-Saleh de nourriture et de carburant.

La position permissive de l’administration envers la stratégie de guerre saoudienne a été évidente dès le début de la guerre. Quand le Conseil de sécurité des Nations Unies négociait la résolution d’avril 2015 sur le Yémen, le texte original circulant pour la discussion comprenait une requête de « pauses humanitaires » dans les opérations militaires, mais après que les Saoudiens et d’autres membres de la coalition  aient objecté vigoureusement au langage, elle a été rejetée du texte final, d’après le journaliste Sharif Abdel Khouddous.

La coalition saoudienne a rapidement révélé l’essence de sa stratégie au Yémen : imposer des épreuves extrêmes à la population des gouvernorats contrôlés par les Houthis. La stratégie comprenait non seulement des bombardements de raids aériens mais visait la fragile infrastructure de transport du Yémen, de la production  de nourriture et des soins médicaux, mais aussi un blocus naval, prétendûment pour empêcher des armes d’atteindre le Yémen mais aussi avec la claire intention de limiter sévèrement l’accès de la population  aux denrées alimentaires et au carburant.

Même en temps de paix, le Yémen est dépendant d’importations pour 90% de ses aliments de base ainsi que de virtuellement de toutes ses fournitures en carburant et médicales. Les conséquences du blocus sur la nutrition et la santé de la population civile étaient prévues pour être dévastatrices.

Le conseiller en politique humanitaire d’Oxfam-Amérique Scott Paul a témoigné à la Commission des droits humains Tom Lantos, en janvier 2017, qu’après avoir imposé un blocus naval, la coalition dirigée par les Saoudiens s’était mise à refuser ou retarder la permission à des vaisseaux commerciaux et humanitaires majeurs d’accoster dans des ports yéménites. La coalition a retenu l’approbation de la fourniture de tels cargaisons pendant des semaines, et la nourriture souvent était gâchée. « En installant un régime arbitraire et pénible, », a dit Paul à la Commission, la coalition a créé un « blocus de facto » empêchant la nourriture, le carburant et les médicaments d’atteindre la population. 

Le point culminant de la stratégie de blocage a été une série de frappes aériennes le 17 août 2015, qui a détruit toutes les grues utilisées pour décharger la cargaison des bateaux au port commercial principal d’Hodeidah, le seul port du Yémen capable de recevoir de tels bateaux. Les frappes ont aussi détruit tout un entrepôt du Programme alimentaire mondial, un des postes d’amarrage, l’entrepôt de l’autorité du port, le building de contrôle du port et le building des douanes.

En février 2016, la crise humanitaire au Yémen comme résultat du blocus saoudien était déjà pire que celle en Syrie. Le Conseil de sécurité de l’ONU a eu une série de rencontres sur l’accès humanitaire à la fois en Syrie et au Yémen et les membres du Conseil ont été d’accord que des résolutions devraient garantir l’accès humanitaire – la possibilité d’avoir de la nourriture et d’autres assistances humanitaires – pour ceux dans le besoin dans les deux pays. Mais une fois de plus, après que les Saoudiens soient intervenus avec les Etats-Unis et leurs alliés européens pour s’opposer à une telle résolution pour le Yémen, l’idée a été abandonnée.  

Vers la mi-2016, les Saoudiens et le gouvernement Hadi se sont  mis à planifier une forme de pression beaucoup plus drastique sur la population dans le nord contrôlé par les Houthis-Saleh : éliminer la dernière barrière institutionnelle à la famine, la Banque centrale du Yémen (CBY).

La CBY qui était située dans la capitale Sanaa, contrôlée par les Houthis, jouait un rôle clé en fournissant un minimum de liquidités dans la société. Elle payait les salaires mensuels de 1,2 millions de gens sur la masse salariale du gouvernement, dont la vaste majorité était encore loyaux à l’ancien président Saleh et combattaient maintenant les forces de la coalition dirigée par Saoudiens, à côté des Houthis. Elle finançait aussi les cargaisons commerciales de nourriture et de carburant arrivant à Hodeidah et d’autres ports.

Les institutions financières internationales – avec le soutien des gouvernements occidentaux, y compris les Etats-Unis – ont compris le rôle crucial que la CBY comme une « trêve économique » entre les parties combattantes yéménites qui était une nécessité pour éviter une catastrophe humanitaire complète.

Mais au début de juillet, le Premier ministre Ahmed Obeid bin Daghr du gouvernement soutenu par les Saoudiens à Aden, a critiqué explicitement cette « trêve économique » indiquant l’intention d’y mettre fin. Et le 6 août, bin Daghr a accusé la CBY d’avoir utilisé ses fonds pour financer l’effort de guerre Houthi-Saleh et a appelé les banques et les institutions financières détenant des réserves étrangères yéménites importantes de couper leurs relations avec la CBY.

Le gouverneur de la banque, Mohammed Awad bin Humam, un technocrate hautement respecté a écrit une lettre au Président Hadi, niant les accusations et proposant que le FMI envoie une firme réputée de comptabilité pour vérifier la gestion de son personnel des comptes de la banque. Dans un briefing de presse, le 1er septembre, le porte-parole de presse du FMI, Gerry Rice, a adhéré à la proposition de bin Humam et a confirmé que la CBY avait joué « un rôle crucial en facilitant des niveaux d’importation minimum  d’aliments, de carburant et de médicaments » les 16 mois antérieurs et a « prévenu une crise humanitaire totale. »

Mais à la mi-septembre, le gouvernement Hadi  va de l’avant avec son plan en nommant un nouveau gouverneur pour la Banque centrale, qui fonctionnerait à Aden, qui était sous contrôle de la coalition  saoudienne. Un diplomate occidental non nommé a fortement critiqué l’action à Reuters, l’appelant un effort « pour faire de l’économie une arme en empêchant la Banque centrale d’avoir accès à des fonds à l’étranger. »

Le gouvernement Hadi a promis que la CBY relocalisée continuerait à maintenir le rôle de la banque dans la fourniture de liquidités et le financement d’importations. En fait, aucun des fonctionnaires du Yémen n’a été payé depuis que la CBY basée à Sanaa a été coupée des réserves de monnaie étrangères à l’étranger, augmentant davantage le nombre de Yéménites qui ne peuvent plus acheter de la nourriture.

Le conseiller en affaires humanitaires d’Oxfam Scott Paul a rappelé dans  une interview que des autorités de l’Administration d’Obama lui avaient dit qu’ils avaient informé les Saoudiens qu’elles désapprouvaient  la décision du gouvernement Hadi. Mais l’Administration n’a rien dit sur l’action publiquement, signalant qu’elle avait décidé d’accepter l’action. ‘L’idée que l’Administration devrait dire aux Saoudiens qu’Hadi devait renoncer à son remplacement du gouverneur de la Banque centrale n’allait jamais voler, » a dit Paul.

Obama ne voulait pas passer outre à la politique saoudienne à cause de l’engagement ferme de son Administration à une alliance avec l’Arabie saoudite et des alliés du Golfe arabe. Dans un témoignage devant le Comité des relations internationales du sénat, le 9 mars 2017, l’ancien Vice-assistant du secrétariat d’Etat au Bureau de la démocratie, des droits humains et du  travail, Dafna Rand, a rappelé que la politique de l’Administration envers le Yémen avait reflété « un soutien inconditionnel pour la coalition, » à cause de ce qu’elle a appelé « notre profonde loyauté envers nos alliés » et leurs objectifs concernant l’Iran.

Cette « profonde loyauté » reflète surtout les intérêts US dominants dans les relations militaires avec les Saoudiens et leurs alliés du Golfe. Le Saoudiens et la Qataris contrôlent les principales bases US dans le monde arabe, comme la base navale au Bahreïn – un état-client des Saoudiens – et les bases aériennes et terrestres au Qatar. De plus, la coalition dirigée par les Saoudiens ont un compte de $130 milliards en achat d’armes US pendant l’Administration Obama seulement, générant des revenus étrangers cruciaux pour les principaux entrepreneurs d’armes et des emplois futurs plus lucratifs pour des officiers militaires supérieurs.

Donc, ce ne devrait pas être une surprise que le Pentagone ait été le moteur principal de la politique US de soutenir la stratégie saoudienne de famine. En août 2016, les Saoudiens ont bombardé un pont que l’Administration Obama avait mis sur une liste des cibles qui ne devaient pas être frappées, parce qu’il était crucial pour apporter des biens humanitaires aux centres de populations du Nord-Yémen. Mais l’Administration n’a rien fait en réponse.

En fait, le Pentagone a déclaré ouvertement son désintérêt concernant les cibles que frappaient les Saoudiens et leurs allés du Golfe. Un porte-parole du Commandement central à dit au journaliste Samuel  Oakford que les US réalimentaient en carburant les jets de la coalition sans tenir compte de la cible ou si et comment elle avait été approuvée, et que si les Saoudiens décidaient de bombarder plus de cibles, le commandement alimenterait plus de missions.

Les Etats-Unis partagent la responsabilité avec la coalition dirigée par les Saoudiens pour les morts yéménites par famine qui résulteront de la stratégie de guerre saoudienne, à cause de la dépendance de la coalition du soutien logistique et politico-diplomatique US. Mais le Pentagone et le Commandement central détournent déjà activement l’attention de cette culpabilité partagée en focalisant l’attention des médias sur ce qu’ils prétendent une nouvelle menace de l’Iran. Le résultat sera d’aggraver la culpabilité US pour la famine massive au Yémen.

Gareth Porter est un journaliste d’investigation indépendant et un historien écrivant sur la politique nationale de sécurité US. Son dernier livre, Manufactured Crisis: The Untold Story of the Iran Nuclear Scare,(La crise fabriquée: L’histoire non racontée de la peur de l’Iran nucléaire, a été publié en février 2014. )Suivez-le sur Twitter : @GarethPorter.

"Information Clearing House" -  "Truth Out" Avril 08, 2017 

http://www.truth-out.org/news/item/40147-the-us-provided-cover-for-the-saudi-starvation-strategy-in-yemen

 

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