La condition féminine à l’aube du 21ème siècle

Violette Daguerre*

 

Le 25 novembre de chaque année est décrété par l'ONU "une Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes". Ces violences sont en effet une réalité universelle, constatée dans toutes les cultures, tous les milieux, âges et niveaux de formation. Elles se manifestent dans les villes comme à la campagne, exercées le plus souvent par une personne connue de la femme, où la famille s’avère être le lieu le plus dangereux pour elle.

Que montrent les chiffres ?

Selon des estimations de la Banque mondiale, au moins 20 % des femmes dans le monde ont été sexuellement ou physiquement agressées, avec 120 millions de fillettes mutilées sexuellement chaque année, victimes d'excision.

En Inde, des enquêtes indiquent que plus de 40 % des femmes mariées affirment avoir été frappées ou sexuellement agressées pour des motifs tels que la jalousie ou autres prétextes. Dans ce pays, 5 femmes sont brûlées chaque jour pour des problèmes liés à la dot. Les veuves indiennes hindouistes sont parfois brûlées sur le bûcher funéraire du mari et dans tous les cas déconsidérées et réduites en esclavage par leurs belles-familles.

En 2002, la Fédération des femmes chinoises a enregistré 36 600 plaintes de violence conjugale, mais les faits sont rarement rapportés aux autorités. Selon une enquête dans une région rurale, la moitié des incidents sont réglés au sein de la famille ou du village et dans un tiers des cas, les victimes se vengent.

La sélection avant la naissance et les meurtres de petites filles font que des dizaines de millions de femmes sont " manquantes " en Chine et en Inde.

En Egypte, 35% des femmes affirment avoir été violées par leur mari. Alors qu’en Algérie, lorsque la femme consulte une structure hospitalière, après avoir été battue, et obtient un certificat médical de moins de 15 jours d’arrêt de travail, la justice n’en tient généralement pas compte, estimant que c’est une affaire bénigne. La police y contribue en décourageant les femmes qui se rendent dans ses locaux pour porter plainte contre le mari ou le fils.

En Tunisie, où les lois concernant les femmes sont les plus avancées dans la région, les femmes, mineures ou adultes, sont quotidiennement victimes de violences multiples. Celles-ci ne sont pas le lot que d’une seule catégorie de femmes : les scolarisées comme les non-scolarisées, les femmes ayant un niveau d’enseignement supérieur ou primaire, les sans profession ou celles occupant un emploi rémunéré. Le viol, l’inceste, la pédophilie les frappant demeurent des pathologies sous déclarées. L’argument religieux est souvent invoqué et la majorité des agressions restent impunies et leurs auteurs trop rarement inquiétés. Les femmes portent peu plainte par peur ou par honte d’éclabousser leur réputation et celle de leur entourage d’une "publicité" indésirable et difficile à assumer, quand ne s’y ajoute pas directement un sentiment de culpabilité.

Dans les zones de conflit armé, la situation est pire. Les forces gouvernementales et les groupes armés commettent en toute impunité des atrocités contre les femmes. En Palestine, en Irak, en Afghanistan, les guerres n’ont fait qu’accroître les souffrances des femmes en jetant un nombre considérable de réfugiés sur les routes et dans des camps. Les femmes, tout comme les enfants et les populations les plus défavorisées, en sont les premières victimes.

Rarement évoquée, la situation des femmes de Palestine est en plus minée par les lois sexistes et les traditions patriarcales. Le mariage reste plus une transaction entre deux familles que l'aboutissement d'une histoire d'amour entre deux personnes. Une fois mariée, il reste très difficile pour une femme de divorcer sans le consentement de l'époux qui, lui, a le droit à la polygamie. Cette réalité est encore plus grave dans les pays du Golfe.

Les Afghanes, en dépit de quelques avancées démocratiques, leurs revendications pour les droits des femmes n’ont pas été entendues. Contrairement à ce qu’on prétend, les Etats-Unis et l’Alliance du Nord ne s’en sont nullement préoccupés. Pour bon nombre de femmes, la déception est rude. Si les talibans n’occupent plus le devant de la scène politique, leur mentalité perdure avec les seigneurs de la guerre qui occupent les postes clés au sein du gouvernement et qui, pendant des années, ont commis de très graves atteintes aux droits des femmes.

Si le modèle de société patriarcale en est responsable, du fait d’avoir engendré une violence spécifique à l’encontre des femmes par l’assignation aux hommes et aux femmes des fonctions et des positions sociales inégalitaires, dans les pays occidentaux ce système social est en régression. On est passé d’un régime de domination masculine impliquant l’infériorisation des femmes à un régime de complémentarité. Certes, de nouveaux rapports sociaux entre les sexes sont en train d’apparaître, mais cela continue à se heurter à des enjeux de pouvoir et de domination. Bien que les ménages modernes soient basés sur la complémentarité des rôles, des dérives inégalitaires persistent et d’autres motifs sont derrière cela. Nous y reviendrons.

Bien entendu, la violence est de différents types : physique, sexuelle, psychique. Elle va des coups, menaces de mort, utilisation d’une arme à feu, etc, à la violence psychologique, moins apparente mais plus subtile. Celle-ci accompagne les autres formes de violence et dont les conséquences sont ravageuses même lorsque cesse toute violence. Les tactiques peuvent aller de la violence verbale (injures, accusations, culpabilisations, humiliations), au manque de respect, l'abus de pouvoir et de confiance, la démission, le déni de responsabilité,  le contrôle économique, l'isolement, le comportement autodestructeur, etc.

En Europe, la violence domestique est, pour les femmes de 16 à 44 ans, la première cause de décès et d'invalidité, avant le cancer et les accidents de la route. Dans l’ensemble des quinze Etats de l’Union européenne (avant l’élargissement à vingt-cinq), plus de 600 femmes meurent chaque année – presque deux par jour ! – sous les brutalités sexistes dans le cercle familial. Et 25% des crimes concernent un homme ayant agressé sa femme ou partenaire.

Le profil de l’agresseur n’est pas toujours celui qu’on imagine. On a tendance à associer cette attitude meurtrière à des personnes peu éduquées, issues d’un milieu défavorisé. C’est une erreur. Un rapport du Conseil de l’Europe affirme que « l’incidence de la violence domestique semble même augmenter avec les revenus et le niveau d’instruction ( …) Aux Pays-Bas, presque la moitié de tous les auteurs d’actes de violence à l’égard des femmes sont titulaires d’un diplôme universitaire». En France, les statistiques indiquent que l’agresseur est en majorité un homme bénéficiant par sa fonction professionnelle d’un certain pouvoir, avec une proportion très importante de cadres (67 %) et de professionnels de la santé (25 %).

Selon les pays européens, entre le quart et la moitié des femmes sont victimes de sévices. Au Portugal, par exemple, 52,8 % des femmes déclarent avoir été l’objet de violences de la part de leur mari ou de leur concubin. En Allemagne, trois femmes sont assassinées tous les quatre jours par les hommes avec lesquels elles vivaient, soit près de 300 par an. Au Royaume-Uni, une femme meurt dans les mêmes circonstances tous les trois jours. En Espagne, une tous les quatre jours, près de 100 par an. En France, six femmes meurent chaque mois, à cause des agressions masculines domestiques. C'est-à-dire, une tous les cinq jours dont un tiers poignardées, un autre tiers abattues par arme à feu, 20 % étranglées et 10 % rouées de coups jusqu’à la mort.

On peut penser que les violences de genre sont plus fréquentes dans les pays « machistes » du sud de l’Europe que dans les Etats du nord. Ce n’est pas si sûr. La Roumanie apparaît, certes, comme le pays européen où la violence domestique contre les femmes est la plus grave : chaque année, pour chaque million de Roumaines, 12,62 en moyenne sont tuées par leurs partenaires masculins. Mais parmi les pays les plus féminicides, après la Roumanie se trouvent des pays dont les droits des femmes sont les mieux respectés comme la Finlande, où 8,65 femmes sont tuées tous les ans, pour chaque million de Finlandaises. La Finlande est suivie par la Norvège (6,58), le Luxembourg (5,56), le Danemark (5,42) et la Suède (4,59), l’Italie, l’Espagne et l’Irlande occupant les dernières places.

Si chaque année, quelque 65 000 Danoises sont victimes de violence, seules 5000 d'entre elles déposent plainte, d'après la ministre danoise des Affaires sociales et de l'Égalité entre les sexes, qui note que cette violence a trop longtemps été considérée comme une affaire privée.

Des sources officielles aux Etats-Unis rapportent qu’une femme est battue toutes les quinze secondes et que 700 000 d’entre elles sont violées chaque année. En Suisse: Une femme sur cinq a subi de la violence physique ou sexuelle dans sa vie de couple. Deux femmes sur cinq ont connu de la violence psychologique.

En tout cas si les chiffres peuvent varier selon les différents pays, les souffrances et leurs causes restent identiques. Et si dans le passé, la violence contre les femmes au foyer était considérée comme une affaire privée, aujourd’hui, la communauté internationale l’a explicitement reconnue comme un problème qui engage la responsabilité de l’Etat. Elle peut provoquer de graves problèmes de santé à long terme, au-delà des dommages immédiats. Les répercussions physiques et psychologiques peuvent s’additionner et perdurer même lorsque cessent les violences. Souvent toutes les agressions se cumulent.

Si les femmes de toutes classes sociales, races, religions et tranches d’âge supportent la violence des hommes avec qui elles partagent leur vie, quelques catégories sont bien plus vulnérables : les employées de maison et les femmes mariées contre leur gré. Les femmes pauvres et marginalisées sont particulièrement exposées aux mauvais traitements. Dans de nombreux cas, des politiques et des comportements racistes et sexistes aggravent la violence qu’elles subissent et accroissent leur vulnérabilité. Les femmes sont les premières à être touchées par le chômage et la précarité où elles continuent à gagner moins que les hommes, possèdent moins de biens et ont moins accès à l’éducation, à l’emploi et à la santé.

L'oppression de la sexualité des femmes est aussi une violence : ignorance de leur corps, soumission au désir et au plaisir des hommes, contrainte à la maternité, aux mutilations sexuelles (excision, infibulation). C’est une autre violence de leur propre intimité, du rapport à leur corps lorsque ce corps devient un objet à entretenir et qui a une valeur marchande. La publicité présente la violence envers les femmes comme normale et anodine, drôle même, renforçant une sorte de complicité masculine et de tolérance à l'égard des comportements violents

Les normes de beauté, véhiculées entre autres par la publicité sont des violences psychologiques et physiques quotidiennes. Elles contraignent les femmes à des comportements auto-destructeurs: honte de leur corps, anorexie, boulimie, régimes, port de vêtements qui déforment le corps, chirurgie esthétique. C’est le dénie d’égalité des droits qui légitime cette appropriation violente de leurs corps au profit des hommes ou à des fins politiques. C’est d’autant plus sordide lorsque cette violence provient des personnes avec qui elles partagent leur vie, des membres de leur famille, de leur communauté ou leurs employeurs.

Partie prenante de la société où ils vivent, les juges reflètent ses valeurs culturelles, ses normes morales et ses préjugés. Pouvoir s’élever au-dessus des préjugés est le minimum requis par l’administration judiciaire, mais la discrimination et l’incapacité d’analyser la violence exercée contre les femmes aboutit à des partis pris quant à la façon d’instruire, de décider et de légiférer.

Partout, il y a des femmes soumises aux violences liées à l'intégrisme culturel ou religieux : poussée de l'extrême-droite, lobby anti-IVG, interdiction de la contraception, port du voile, etc.

 

Comment expliquer l'ampleur de ces violences ?

Les spécialistes (médecins, psychologues et psychiatres, juristes, responsables d'associations) s'accordent sur le fait que la tolérance sociale à l'égard de la violence domestique est le premier facteur de sa banalisation.

Mais considérer le problème comme « relevant de la sphère privée» constitue un refus collectif d’assistance à personnes en danger. Car le privé est aussi politique. Ce type de violence est le reflet des relations de pouvoir historiquement inégales entre hommes et femmes, dues en particulier au système patriarcal, fondé sur l’idée d’une « infériorité naturelle » des femmes et une « suprématie biologique » des hommes. Or ce système doit d’abord être liquidé par des lois appropriées.

Certes, la femme endosse une certaine responsabilité par sa manière de réagir, mais sa violence n’est pas du même ordre que la violence masculine. Le concept de «symétrie» en violence n’est pas valable et occulte la réalité. L'analyse de la violence doit être liée aux rapports de pouvoir entre les hommes et les femmes. Et ce n’est pas parce qu’elle se défend que la société est devenue matriarcale et qu’elle fait primer les droits des femmes au détriment de ceux des hommes.

Que ce soit en France ou au niveau international, la femme n’a été reconnue comme une personne à part entière que très tardivement ; à partir du changement d’une certaine conception sur l’être humain et ses droits. En 1945, l’ONU affirme l’égalité entre les femmes et les hommes. En France, ce n’est qu’à la suite de mai 68 et de l’essor des mouvements féministes à partir des années 70 que les premières avancées législatives eurent lieu. Le modèle patriarcal a longtemps régi les comportements des uns et des autres et la femme est restée sous l’autorité de l’homme. La morale religieuse a longtemps assujetti la femme à un rôle maternel et reproducteur. Mais malgré la prise de conscience de l’envergure du problème, les moyens déployés restent faibles pour lutter contre ce fléau.

Manifester contre les violences faites aux femmes, c'est vouloir dénoncer les différents effets de la domination des hommes sur les femmes. Ces violences forment un véritable continuum qui s'exerce de l'espace privé à l'espace public, de la prime enfance à la vieillesse, de la plus subtile violence psychologique à la violence physique la plus brutale.

La violence des hommes sur les femmes s'exerce symboliquement dans l'assignation des places qui leur sont faites. Les femmes rencontrent d¹innombrables barrières dans l'accès aux domaines traditionnellement réservés aux hommes : sphère du pouvoir, des sciences, des techniques. Ces barrières font partie des moyens de contrôle des hommes sur la vie des femmes. Leur accès à l'autonomie est ainsi extrêmement limité avec, entre autres, la dépendance économique et la répression sociale du célibat.

Toutefois, si la violence domestique est un moyen utilisé par l'homme pour dominer sa compagne, elle a aussi des effets sur l'entourage, notamment sur les enfants qui ont une forte chance d’être perturbés dans leur développement. Et c’est ce qui est plus grave, surtout lorsque la transmission intergénérationnelle se révèle assez fréquente.

Dans l’une des premières enquêtes en Europe (Enveff) considérée comme un outil scientifique permettant la reconnaissance institutionnelle des violences contre les femmes, il est montré que les violences conjugales lient violences physiques et violences psychologiques sur le long terme. Ces dernières sont prédominantes et apparaissent comme une nouvelle « forme de domination d’un sexe sur l’autre ». L'enquête fait la différence entre « conflits qui impliquent une réciprocité des agressions» et «violences qui définissent une situation d’emprise sur autrui, engendrant la peur et la culpabilité chez la victime».

Au cours des trente dernières années, de nouvelles formes de conjugalité sont apparues, même si la vie en couple reste majoritaire. Les violences n’ont pas pour autant diminué, au contraire. Si les femmes seules sont plus exposées aux violences, cependant le mariage ne protège pas de celles-ci. Pas plus que le capital scolaire, bien que l’inégalité des capitaux scolaires en défaveur des hommes soit pour les femmes un facteur de risque. Les femmes en situation précaire ou travaillant à temps partiel sont aussi plus exposées que les autres.

De leur côté, les hommes violents sont, dans la plupart des cas, des « hommes ordinaires », même si certains profils ressortent : peur de non-reconnaissance, l’affirmation de l’autonomie des femmes pour les hommes ancrés dans le système patriarcal, position de pouvoir dans la vie professionnelle.

L’enquête a aussi fait ressortir des facteurs sociodémographiques récurrents : les violences sont plus fréquentes contre les femmes de 20 à 34 ans, mais cela est peut-être dû à un effet de génération. Le rapport à l’emploi montre un fort lien entre violences et exclusion du monde du travail. Quant à l’amour, il ne protège pas forcément des violences conjugales, cependant il y a un lien étroit entre violences et absence de sentiments amoureux, tout comme l’infidélité et la multiplication des partenaires qui sont des facteurs aggravants. Aussi, les personnes victimes de violences durant l’enfance sont plus touchées à l'âge adulte que les autres.

Concernant des violences sexuelles, qui sont « l’expression d’un rapport social fondé sur la domination et la négation de l’autre », on trouve de nombreuses particularités : les violences sexuelles sont des actes sexuels infligés à une personne qui les refuse. Il s’agit de l’imposition de l’acte, plus que de sa nature et cela repose sur des enjeux de pouvoir et un rapport de domination. Dans la morale religieuse, la sexualité était une pratique maritale et fécondante, un devoir. Mais avec la révolution contraceptive et l’évolution des mentalités, grâce aux luttes des femmes, cela a changé. Ce qui fait qu’on trouve dans la typologie des viols que ceux-ci sont commis le plus souvent par un proche : ami, conjoint, mari, ex-conjoint..

Sur les violences au travail, être célibataire est un facteur aggravant et les femmes les plus touchées sont jeunes et travaillent dans un climat de constante pression psychologique. Certains emplois sont plus touchés que d’autres : les emplois traditionnellement masculins, ainsi que les emplois dits féminins, et érotisés dans l’imaginaire collectif (le cas des infirmières). Il y a aussi une différence entre espace privé et espace public : les violences sexuelles commises dans l’espace public sont considérées comme plus graves mais sont beaucoup plus rares. Au sein de l’espace public il y a des facteurs aggravants : être parisienne, jeune et immigrées ou issues de l’immigration. Au statut d’immigrant se rajoute, dans bien des cas, la conception inégalitaire des relations entre sexes, dominante dans les pays d’origine et la religion pratiquée, qui dans certains cas institue l’infériorité des femmes.

Sur l’échelle  internationale, les comparaisons sont difficiles à établir. Les contextes sociaux et les protocoles d’enquête ne peuvent être identiques. Il y a hétérogénéité dans les cultures et les lois, avec une perception et un seuil de tolérance des violences différents. Dans les pays où les violences contre les femmes sont dénoncées depuis longtemps, le seuil de tolérance et la perception peuvent être beaucoup plus sensibles. Ce qui explique en partie des taux plus élevés dans ces pays (c’est en particulier le cas en Finlande, au Canada et en Suède).

Les combattre requiert du temps, des moyens, de l’imagination et surtout une volonté politique. C'est ce qui explique l’incapacité d’un Etat à leur assurer les mêmes chances d’accès à l’éducation, au logement, à la nourriture, au travail et au pouvoir officiel. Cette discrimination contribue à leur faible participation dans les prises de décision, alors que faire entendre la voix des femmes à tous les niveaux de gouvernement est essentiel pour leur permettre de contribuer à des politiques qui contrent les violences et luttent contre la discrimination.

La Charte Mondiale des Femmes pour l’Humanité est l’un des outils pour construire un autre monde ; un monde basé sur ces valeurs: Egalité, Liberté, Solidarité, Justice et Paix. Les pouvoirs publics se doivent d’agir contre des actes qui portent non seulement atteinte à l’intégrité, à la dignité et aux droits de la personne humaine, mais également aux principes fondateurs de la démocratie. On ne peut pas réfléchir aux violences sans intégrer la dimension de l’égalité.

Tôt à l'école, les enfants doivent être sensibilisés sur le phénomène de la violence sexiste ou sexuelle afin de faire de la mixité scolaire un mode d’apprentissage de l’égalité et du respect de l’autre. Les violences faites aux femmes constituent une violence spécifique perpétrée en raison du sexe de la victime et sont générées par des apprentissages et une conformité à des rôles et schémas sociaux différents pour les deux sexes.

Se déroulant le plus souvent dans la sphère privée, la violence est de l’ordre de ce qui se doit d’être caché. Si cette violence met à jour des processus, conscients ou inconscients, d’emprise sur le corps des femmes, d’annexion de leur espace physique et symbolique, la principale difficulté pour elles est alors de dire l’indicible.

Si les femmes ont besoin de s’appuyer sur une législation les protégeant et leur garantissant la reconnaissance de la gravité de l’acte, il faut des lieux pour se reconstruire physiquement et psychiquement, des lieux d’accueil, d’écoute et d’hébergement des femmes victimes de violences. Il faut que l’action de l’État passe d’une vision réparatrice à une action préventive, agissant au niveau de la loi, donnant la parole aux femmes, communiquant sur le mal en informant les femmes victimes de violence sur leurs droits, les recours possibles et les associations de soutien. On rend plus visible l’innommable, en impliquant l’opinion publique, en faisant intervenir des personnalités qualifiées, en plus des représentants des services de l’État, des collectivités locales, des organismes sociaux.

En terme de prévention, le rôle des médecins est important car les femmes y ont recours en premier lieu. Les médecins peuvent à la fois constater les violences, aider les victimes à en parler et les orienter sur des structures d’accueil. Le développement de la formation initiale et continue des policiers et gendarmes est important pour l’accueil et l’écoute des victimes dans les commissariats et les gendarmeries. Le rôle des associations spécialisées et des professionnels de la santé et du travail social reste fondamental.

La violence masculine n’est pas inéluctable lorsqu’on œuvre pour rompre avec un certain conditionnement social. Pour ce faire, il faut engager les hommes et mener à la fois des actions informative, préventive, répressive, et réparatrice.

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  *Présidente de la Commission Arabe des Droits Humains

 Conférence donnée le 26 novembre 2005 au WAFE à Cergy