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2010-02-07

Opération « plomb durci » : les failles de la version militaire israélienne.  - René Backmann

 

  

A trois jours de l'examen par l'Assemblée générale des Nations Unies des réponses israélienne et palestinienne au rapport Goldstone, qui accuse Israël et le Hamas de « crimes de guerre » voire de « crimes contre l'humanité », lors de l'opération israélienne contre la bande de Gaza, il  y a un an, Israël et son armée se trouvent dans une position diplomatique et juridique délicate.

Le rapport de 46 pages remis vendredi dernier par Israël aux Nations Unies - première réponse officielle israélienne aux 575 pages du rapport Goldstone, rendu public en septembre 2009 - affirme que l'armée israélienne a respecté  la loi internationale et les règles de la guerre durant les trois semaines de l'opération « plomb durci ».

Et il apporte un démenti ferme à certaines des accusations portées par le document de l'ONU. Ce document accusait en effet l'aviation israélienne d'avoir délibérément visé et détruit, par un bombardement aérien la minoterie Al Badr - la seule de la bande de Gaza - située au nord du territoire. Pour Richard Goldstone, auteur du rapport, la minoterie avait été délibérément visée par l'aviation dans « l'unique but d'arrêter la production de farine ».

Selon les investigations de l'armée israélienne, la destruction de la minoterie ne pouvait être imputable à Israël. Les enquêteurs militaires n'avaient en effet trouvé aucune preuve d'une frappe aérienne. Et ne voyaient donc « aucune raison » d'ouvrir une enquête sur ce cas précis. Les militaires israéliens suggéraient que les bâtiments pouvaient avoir été détruits par la détonation d'explosifs du Hamas, entreposés à proximité.

Les fragments d'une bombe

Le problème, pour les autorités israéliennes, est que cette thèse vient d'être réduite à néant par les informations recueillies sur le terrain par une équipe de démineurs de l'ONU. D'après ces experts, longuement cités par le quotidien britannique The Guardian, les fragments d'une bombe, dont la photographie est publiée par le journal, ont été retrouvés le 25 janvier 2009, quelques jours après la fin des combats, par les démineurs. Il s'agissait de l'ogive d'une bombe MK82 équipée d'un détonateur 273M.

Des bombes de ce type sont larguées par les F-16 de l'armée israélienne, parfois complétées par un dispositif de guidage. Interrogée sur ces révélations par The Guardian, l'armée israélienne a renvoyé les journalistes au communiqué publié la semaine dernière par le ministère des Affaires étrangères, lorsque le rapport officiel a été remis à l'ONU. Selon ce communiqué, « l'armée est attentive au respect absolu » des lois de la guerre et enquête sur toutes les allégations de violations de ces lois.

Cette contradiction entre la thèse officielle israélienne - telle qu'elle a été présentée à l'ONU - et les indications fournies par le rapport des démineurs est d'autant plus encombrante pour les militaires israéliens que la minoterie est loin d'avoir été le seul bâtiment civil visé - et détruit - par les obus, les bombes ou les missiles israéliens pendant cette offensive.

Des obus au phosphore

Autre point de désaccord grave entre le rapport Goldstone et l'armée israélienne : le recours à des obus contenant du phosphore blanc, à plusieurs reprises et en particulier lors du pilonnage du quartier général de l'UNRWA, l'agence de l'ONU qui assiste les réfugiés palestiniens, le 15 janvier 2009 deux jours avant la fin de l'opération « Plomb durci ».

Selon le rapport Goldstone, les locaux de l'ONU, qui abritaient près de 700 civils, mais où se trouvait aussi un important dépôt de carburant ont été frappés, lors d'une attaque qualifiée de « très dangereuse » par des obus à grande puissance et des obus au phosphore, qui provoquent des brûlures très graves - comparables à celles provoquées par le napalm - et ont un très grand pouvoir incendiaire. D'après le document de l'ONU, 7 obus au phosphore blanc au moins ont atteint les bâtiments de l'ONU, clairement identifiés par des drapeaux bleus et les lettres UN, et provoqué l'incendie d'un entrepôt.

La loi internationale n'interdit pas l'usage des obus au phosphore blanc, généralement utilisés comme fumigènes, destinés à masquer la progression des troupes ou des blindés, mais en souligne de caractère dangereux lorsqu'ils sont utilisés contre des cibles civiles.

L'armée israélienne a admis avoir utilisé des munitions au phosphore blanc, pour créer des écrans de fumée ou marquer des points précis du champ de bataille. Elle a affirmé que jusqu'à présent, ses investigations ont montré que ces munitions ont été employées conformément à la loi internationale. Dans le cas des tirs contre les bâtiments de l'ONU, les militaires israéliens ont indiqué qu'ils avaient créé un écran de fumée pour protéger une unité de blindés en mouvement dans la zone d'un groupe de combattants du Hamas qui avaient pris position près des bâtiments de l'ONU et qui semblaient être armés de missiles anti-chars.

Deux officiers israéliens sanctionnés

Est-ce pour avoir donné l'ordre d'utiliser ces munitions que deux officiers, le général de brigade Eyal Eisenberg, commandant de division, et le colonel Ilan Malka, commandant de la brigade Givati, ont été l'objet de sanctions disciplinaires, de la part du commandant de la région militaire sud d'Israël, le général Yoav Gallant ? C'est ce que semblait avoir compris le quotidien Haaretz, lorsqu'il a rapporté l'existence de ces sanctions, révélées par le rapport israélien remis à l'ONU.

Mais l'armée s'est empressée de préciser, dès que la nouvelle a été rendue publique, que les deux officiers avaient été punis « pour avoir tiré plusieurs obus d'artillerie en violation des règles d'engagement qui interdisent l'usage de ce type d'artillerie près des zones habitées » et pour avoir « abusé de leur autorité d'une manière qui met en péril la vie d'autrui ».

Comme on le constate, le mot « phosphore » n'est pas employé dans la confirmation de la sanction par l'état-major. « Leur punition n'a rien à voir avec le phosphore blancs, mais avec le tir d'obus d'artillerie dans une zone urbaine » a affirmé le capitaine Barak Raz qui s'exprimait au nom de l'armée. Reste que le jour et le lieu de la bavure en question - le faubourg de Tel al-Hawa - sont bien ceux des tirs contre les locaux de l'ONU.

Cinq commissions d'enquête militaires ont été créées, à la demande du général Gabi Ashkenazi,  chef d'état-major de l'armée israélienne, au lendemain de l'opération « plomb durci » pour examiner les nombreuses accusations portées contre les militaires par des organisations humanitaires. L'une d'entre elles devait se concentrer sur l'usage éventuel de munitions au phosphore. 

Cinq cent soldats interrogés.

Trois mois plus tard, en avril, lorsque le général Dan Harel, chef d'état-major adjoint a présenté les résultats de leurs investigations il a indiqué que les enquêteurs n'avaient trouvé aucun exemple d'utilisation des obus au phosphore en violation avec les ordres.

Au cours de ces enquêtes, près de 500 soldats ont été interrogés et une centaine de Palestiniens ont également fourni leurs témoignages recueillis par des militaires au point de passage d'Erez, au nord de la bande de Gaza. Selon Haaretz, 36 « enquêtes criminelles » à ce jour ont été ouvertes. Mais l'instruction criminelle n'a suivi son cours que dans un seul dossier : celui de deux soldats de la brigade Givati qui avaient volé la carte de crédit d'un civil palestinien.

Au regard du bilan de l'opération « Plomb durci » : 1400 morts palestiniens, (13 morts du côté israélien), 21 000 bâtiments détruits ou gravement endommagés, parmi lesquels des immeubles d'habitation et 200 ateliers ou usines, une infrastructure économique en ruine, une situation sanitaire désastreuse,  des traumatismes psychologiques innombrables et durables, les Nations Unies estimeront-elles que quelques dizaines d'enquêtes criminelles et des sanctions disciplinaires contre deux officiers constituent une défense suffisante contre l'accusation de « crime de guerre » contenue dans le rapport Goldstone ?

 

Source: http://renebackmann.blogs.nouvelobs.com/

 

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