COMMISSION ARABE DES DROITS HUMAINS

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2011-01-03

Europe : des mesures régressives - Monique Dental

 

 

 

Même si les politiques publiques de la Communauté européenne ont parfois oscillé, dans la première période de son développement, entre égalité et égalisation, elles ont permis néanmoins de réelles avancées pour les femmes. C’est à partir de 1997 que les nouvelles orientations de l’Union européenne ont fait place à des mesures régressives. Elles se concentrent en particulier dans quatre domaines.

La déqualification de la notion d’égalité : l’égalité entre les hommes et les femmes qui faisait partie des valeurs fondatrices de l’Union européenne devient seulement un objectif à atteindre ; elle ne fait donc plus partie des critères d’adhésion pour les nouveaux pays entrants dans l’élargissement. Face aux situations très diverses des femmes vivant en Europe, il fallait faire sauter le verrou de l’égalité entre les hommes et les femmes pour ne pas compromettre les négociations aboutissant à l’élargissement aux pays candidats.

L’article 13 du traité d’Amsterdam : l’accent est mis désormais sur la lutte contre toutes les discriminations au détriment de l’égalité entre les hommes et les femmes traitée de façon identique à toutes les autres discriminations. Il se traduit aussi par l’émergence du thème de la « diversité », que la Communauté européenne impose comme thème dominant du débat public. Dans les faits, le thème de la diversité relègue le « thème de l’égalité » au second plan.

La domination politique des religions dans les traités européens : en donnant aux Églises et aux associations religieuses un statut qui les reconnaît comme interlocutrices régulières, on institutionnalise l’ingérence des Églises dans les affaires publiques. C’est le principe de laïcité qui est exclu du cadre juridique européen dans un contexte où, partout dans le monde, la montée des intégrismes religieux, tous misogynes, correspond à une menace croissante contre les droits acquis pour les femmes.

La tentative de légitimation de la prostitution comme un « travail » : la distinction entre « prostitution libre » et « prostitution forcée », introduite dès 1995 pour justifier les mesures prises contre le « trafic des femmes » et non la « prostitution » en tant que telle, permettra à l’Allemagne et aux Pays-Bas de faire reconnaître la prostitution comme « un travail ». En éliminant les instruments juridiques qui rendent illégale l’exploitation du corps des femmes, celui-ci devient une marchandise au même titre que n’importe quelle autre marchandise. Cette position revient à nier l’existence d’un système prostitutionnel. C’est une remise en cause de la position abolitionniste adoptée par la France à l’occasion de la convention de 1949.

Les femmes en Europe subissent donc les conséquences directes de ces politiques qui remettent en cause leurs droits et les fragilisent en les rabaissant à une position d’objet et non de sujet, situation d’autant plus aggravée par un statut juridique des femmes très inégal dans les 27 pays de l’Union. Si nous avons un rôle à jouer sur l’avenir de la construction européenne, pour nous, sa finalité ne doit être ni monétaire, ni économique, mais sociale. C’est pourquoi la place qui sera faite aux femmes et à leurs droits déterminera l’avenir de l’Europe.

Maghreb : résister aux différentes versions des codes de la famille [1]

Femmes migrantes et travail du care [2]

Féminisme, racisme, antiracisme [3]

 

 

source:

l'Humanité des débats. Féminisme 11 Décembre 2010

 

 

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