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2013-02-05

Frictions de faux frères

 

Soufiane BEN FARHAT

Plus le remaniement ministériel escompté traîne en longueur, plus les tiraillements et les craquelures imprègnent la place politique.
Un peu partout, les clivages profonds se manifestent. La Troïka gouvernante n’est plus que l’ombre d’elle-même. Le CPR et Ennahdha en sont à deux doigts de la rupture définitive. Les dirigeants se contentent jusqu’ici de petites phrases assassines. Les bases, elles, en sont déjà à la mêlée âpre et sans pardon.

Pas plus tard qu’hier, M. Mohamed Abbou, secrétaire général du CPR, a tenu des propos nettement en démarcation avec ses alliés d’Ennahdha. Il a vivement critiqué M. Rafik Abdesslam, ministre des Affaires étrangères, au centre de la série de révélations qui fondent ce qu’il est convenu de baptiser le Sheratongate. Et il a soutenu la presse d’investigation, dès lors qu’elle est fondée sur des données objectives et argumentées. Un clin d’œil à la blogueuse Olfa Riahi qui a mis à jour lesdites révélations. En même temps, M. Abbou a mis en garde les bases d’Ennahdha contre le colportage de rumeurs et l’atteinte à la réputation d’autrui

Côté opposition, là aussi, le bal des redéploiements commence. On murmure que le parti Al-Joumhouri serait tout près de céder au chant des sirènes d’Ennahdha, qui lui propose des portefeuilles ministériels. Du coup, la vaste coalition que s’apprête à former le parti Nida Tounès autour de lui connaîtrait de sérieuses lézardes dans l’édifice.

Et l’on se demande si l’attentisme dans le remaniement n’est précisément pas délibéré. Ainsi, Ennahdha et consorts auraient le temps de réorganiser le ban et l’arrière ban du jeu d’alliances.

Idem pour les révélations qui ciblent certains ministres dans les entrelacs des feux croisés amis. Certains n’hésitent pas à parler de fuites savamment orchestrées. Ce qui en dit long sur les empoignades de coulisses qui secouent la Troïka.

Il faut reconnaître que, de guerre lasse, les gens ne semblent plus emballés par les détails du remaniement ministériel. La classe politique donne l’impression de faire du surplace. Les plus enthousiastes de tous bords trouvent que la politique y a perdu de son jus. Quant aux plus amers des commentateurs, les évolutions, à les en croire, corroborent leurs prévisions maussades sur fond de sinistrose.

En fait, il faut reconnaître que l’establishment traverse une grave crise. La situation sociopolitique n’est pas près de donner un quelconque répit. En même temps, les attentes des citoyens enflent. A la mesure des incuries constatées au fil du vécu. La poursuite du chômage massif et la hausse vertigineuse des prix n’en finissent pas d’exaspérer. Les plus pauvres ne trinquent plus seuls. La classe moyenne est en nette régression. Son pouvoir d’achat et son standard de vie s’érodent à vue d’œil.

Ici comme ailleurs, la crise de légitimité prend le relais de la crise tout court. Les justifications officielles sont inopérantes. Saignés à blanc, les gens sont d’autant plus déçus qu’on leur a promis monts et merveilles. L’argumentaire électoraliste circonstanciel s’avère, à la longue, contreproductif.
Entre-temps, le gouvernement donne l’impression de caler dans un état intermédiaire. D’un côté, un état de fait désavoué par la force des choses ; de l’autre, des promesses et des espérances toujours en suspens. D’où cette impression d’inachevé qui caractérise la politique depuis quelques semaines.
Il faut le reconnaître. La classe politique aux commandes est tétanisée par ses propres blocages et fixations. Les frictions de faux frères en rajoutent aux pièges d’un pouvoir qui gouverne sans régner. A défaut d’une légitimité solidement charpentée. D’où les jacqueries récurrentes, les soulèvements régionaux, l’état de guerre froide et de paix tiède qui oppose la société civile à la société politique.

On en est réduit à attendre le remaniement comme on attend Godot.

La Presse : 04-01-2013

 

 

 

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