COMMISSION ARABE DES DROITS HUMAINS

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2014-10-09

Fin de la trêve à Gaza - Pascal Boniface

 

 


La trêve conclue entre Israël et le Hamas n’aura pas duré longtemps.

Sans préjuger de l’ampleur des combats à venir et leurs dégâts, la situation est déjà catastrophique.

 

Mettre fin au blocus pour pouvoir reconstruire

 

Il y a à la fois un problème de ravitaillement d'urgence et de reconstruction pour Gaza. Près de 2000 morts, 10.000 blessés dont de nombreux resteront mutilés à vie, environ 300.000 déplacés, le bilan est lourd. Nourriture, alimentation en eau et électricité, hébergement soins médicaux, tout manque. En temps normal, c'est déjà un défi majeur que de fournir ces éléments à une population qui en a désespérément besoin, mais si le blocus est maintenu c’est mission impossible. Il faudra donc y mettre fin.

 

La reconstruction de Gaza est déjà évaluée à ce jour entre 4 et 6 milliards de dollars. Il est peu probable qu'Israël, responsable de ces destructions en paie, fût-ce partiellement, le prix. C'est donc probablement le reste de la communauté internationale qui sera appelée à régler la facture, comme une sorte de pénalité à son impuissance volontaire de mettre fin aux bombardements.

 

Mais, là encore, cet immense effort ne sera pas possible si le blocus est maintenu. On dit souvent que la Palestine est l'un des territoires qui reçoit l'aide internationale la plus importante par habitant. Mais ce n'est qu'une maigre compensation par rapport à l'impossibilité de disposer d'un État libre. Si les Palestiniens pouvaient produire, exporter, circuler librement, ils n'auraient pas besoin d'aide internationale.

 

Il faut négocier avec le Hamas

 

Le problème est qu'Israël ne voudra certainement pas y mettre fin, sauf à accorder une victoire politique au Hamas.

 

La solution consisterait à obtenir une garantie de l’arrêt des tirs de roquettes en échange de la fin du blocus. Il pourrait être garanti par une force d'interposition internationale. Les tirs de roquettes n'ont quasiment pas d'effets militaires et ils sont politiquement et stratégiquement désastreux. Ils ont largement fédéré la population israélienne autour de Netanyahou, contribué à affaiblir le camp de la paix en Israël et renforcé les partisans des solutions de force.

 

Le Hamas s’est renforcé au détriment de l'Autorité palestinienne. Contrairement au calcul israélien, la population de Gaza ne rend pas le Hamas responsable de ses souffrances.

 

Depuis 2006, les Occidentaux refusent de parler au Hamas parce qu'ils l’ont inscrit à la demande d’Israël sur la liste des organisations terroristes. Même si l'on peut critiquer la politique de tir de roquettes du Hamas, il faut se rendre à une évidence : on ne choisit pas son interlocuteur. Il faut négocier avec ceux qui comptent et le Hamas compte aux yeux des Palestiniens. Ce n'est pas en ignorant cette réalité que l'on avancera. C’est de surcroît hypocrite car il y a des contacts officieux, y compris entre Israël et le Hamas.

 

Refuser de négocier avec le Hamas c’est refuser de vouloir parvenir à un résultat.

 

Les perdants, bien plus nombreux que les gagnants

 

Quels sont les gagnants et les perdants de cette crise ? Les seconds sont les plus nombreux.

 

En tout premier lieu bien sûr, la population de Gaza. Il y a de nombreux exemples de bombardement de populations civiles bien que cela heurte de plus en plus les consciences. Il est rarissime de voir une population soumise à un blocus être bombardée. Où peut-elle fuir ?

 

Israël a remporté une victoire militaire (il ne pouvait en être autrement du fait de la disproportion des forces) mais a largement perdu la bataille de l'opinion. Certes, comme déjà dans le passé les pays occidentaux ont laissé faire avant de réagir, et encore, de façon très modérée. Mais l'opposition à la politique israélienne est devenue forte dans tous les pays occidentaux y compris les plus proches de Tel-Aviv.

 

Par ailleurs, des pays latino-américains n'ont pas hésité à prendre des sanctions contre Israël. Il est probable que la campagne de Boycott sanction des investissements (BDS) va reprendre de plus belle si Israël ne change pas de cap.

 

Les occidentaux ont montré leur impuissance

 

Le problème est que la quasi-totalité des juifs israéliens ont soutenu les bombardements. La population israélienne s'est radicalisée et l'hostilité, parfois même la haine, des Palestiniens s’est renforcée.

 

Divisés, les pays arabes ont été marginalisés.

 

Les pays occidentaux, dont certains ont encore l'illusion de pouvoir diriger le monde, ont montré leur impuissance. Ils ont assisté en spectateurs aux événements sans pouvoir peser sur eux. On ne peut que remarquer la rapidité avec laquelle ils prennent des sanctions contre la Russie et leur incapacité à le faire face à Israël, qui estime donc avoir les mains libres. De ce fait, les occidentaux apparaissent moins puissants et de surcroît, leur crédit moral s'est dévalué.

 

Si un accord politique global n'est pas conclu, les trêves ne seront que des trêves, c'est-à-dire une interruption des combats qui reprendront tôt ou tard, comme en 2009 et 2012.        

 

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