« Les réformateurs en Arabie Saoudite »

 

Appel urgent au sujet du jugement des détenus d’opinion

en Arabie Saoudite

 

Les dernières nouvelles en provenance des coulisses du ministère de l’intérieur saoudien indiquent l’échec des efforts entrepris pour un dénouement qui avaient, pourtant, trouvé un accord (le comité des avocats bénévoles) pour la défense des détenus, le Dr Abdellah  Al-Hamed, le poète Ali Al-Dimini et le Dr Matrouk Al-Faleh. Cette situation de blocage est due au non respect de l’accord conclu par l’Etat, en raison de l’obstination, dans leurs positions extrêmes, de quelques représentants du pouvoir et des services du ministère de l’intérieur desquels dépend l’organisme chargé de l'instruction et de l’intérêt public.

 

En tout état de cause, il demeure clair que ces tergiversations ont pour but une surenchère qui cache une décision préalablement arrêtée. On voudrait les présenter à une justice où le pouvoir est en même temps juge et partie. Il n’est donc pas exclu que les chefs d’inculpation retenus contre les détenus soient spécifiquement confectionnés de manière à les criminaliser injustement pour justifier des peines à leur encontre. D’autant que l’indépendance de la justice, dans ce pays, est loin d’être chose acquise et qu’en ce qui concerne une affaire politique une obéissance stricte au pouvoir est attendue de la part des juges.

 

En l’absence de structures et de procédures juridiques pouvant garantir un procès juste et équitable, ce dernier ne peut avoir une orientation autre que politique. Par laquelle l’autorité et les services de sécurité, qui en dépendent et qui contrôlent à son profit les structures essentielles de l’état et de la société, tentent de terroriser et de réduire au silence l’ensemble des voix nationales qui réclament des réformes d’envergure dans notre pays.

 

Nous considérons que la poursuite de cette détention et le simulacre de procès sont dictés par les caprices du pouvoir et manquent cruellement des moindres aspects de neutralité et d’indépendance de la part de ceux qui en sont chargés. Il s’agit, ni plus ni moins, d’un procédé de vengeance, perpétrée par l’autorité, en totale contradiction avec les règles, lois, conventions internationales et droits de l’homme. De même qu’il viole et méprise les articles du code de procédure pénale conçu par le ministère de la justice pour être, finalement, transformé en texte marginal dans sa partie qui traite des conditions et procédure de détention, de sa durée, de l'instruction et du procès.

 

Ce procédé de surenchère pour faire face aux différentes crises et problématiques croissantes qu’affronte le pays sur les différents plans, socio-économiques, sécuritaires et politiques, confirme donc que l’autorité en place a choisi le « tout sécuritaire » pour contourner le problème. Une fuite en avant dans le mépris des capacités nationales avérées, d’autant que la situation sécuritaire s’aggrave, au vu de la violence des affrontements sanglants, et s’enlise dans une spirale infernale. Cela sans considération, de la part de l’autorité, de cette grande différence entre les défenseurs de la nécessité des réformes et les tenants de la violence. Les expériences, qu’a retenues l’histoire en général, parmi lesquelles celle que connaît notre pays, prouvent que la méthode sécuritaire ne peut, à elle seule, qu’aggraver la crise et, peut-être même, conduire à des niveaux incontrôlables d’explosion sécuritaire généralisée.

 

Il aurait été plus approprié, de la part de l’autorité en place, qui a défendu le projet de réforme de « la maison arabe » (en réponse aux projets de réforme extérieurs dont elle subi la pression), de faire face de manière sage et pragmatique aux impératifs de transformation et de réforme de la « maison nationale ». Lesquels impératifs, il devient urgent et sérieux de s’y atteler, d’autant qu’il s’agit là de la seule mesure capable de traduire une réelle volonté d’aller vers les réformes.

 

Nous appelons, avec insistance, l’ensemble des organisations et organismes internationaux arabes de défense des droits de l’homme d’intervenir en urgence auprès des autorités saoudiennes pour requérir la libération immédiate des détenus ou leur assurer un procès juste et équitable devant une justice indépendante. Ce qui signifierait que le procès soit public en respect des normes et règles universellement reconnues et que la participation de l’Union des avocats arabes ainsi que l’Union internationale des avocats soit assurée. De même que les organisations non gouvernementales de défense des droits de l’homme, puissent être autorisées pour couvrir le procès, en tant qu’observateurs de la transparence du procès et du respect des normes de justice pendant la durée celui-ci et dans les sentences qui seront prononcées à l’encontre des détenus.

 

Les réformateurs en Arabie Saoudite

Fin mai 2004.

 

Traduit de l’Arabe par la Commission arabe des droits humains