Association de Lutte contre la Torture en Tunisie

A.L.T.T.

Tunis, le 08-06-2004

Communiqué

(Traduit de l'Arabe)

L’Association de Lutte contre la Torture en Tunisie (ALTT) informe que Maitre Radhia Nasraoui, présidente, Ali Ben Salem, vice-président et Ridha Barakati, trésorier, se sont rendus aujourd’hui, mardi 8 Juin 2004 à 9h00 du matin au siège du gouvernorat de Tunis pour tenter encore une fois de déposer le dossier relatif à la constitution de l’ALTT. Pour la énième fois, l’accès au bureau du responsable des affaires politiques leur fut interdit. La raison invoquée pour justifier ce refus était l’absence de ce responsable tantôt pour maladie, tantôt pour rendez-vous à l’extérieur, tantôt pour congé annuel …

Face à cette situation, les membres de l’ALTT ont décidé de ne pas quitter les locaux du gouvernorat avant que leur dossier ne soit reçu. Aussitôt, des agents de la police politique sont arrivés au gouvernorat et les ont sommés de quitter immédiatement les lieux. Devant leur refus d’obtempérer, ils furent malmenés et jetés dans la rue vers I3h30. Les propos tenus, particulièrement à l'endroit de Radhia Nasraoui étaient orduriers. Les trois militants ont continué leur sit-in devant le siège du gouvernorat en attendant la réouverture de ses portes à 15h.

Des dizaines d’agents de la police politique sont venus encercler les lieux.

Des militants du mouvement démocratique, parmi lesquels le Bâtonnier de l’Ordre national des avocats, le Président de la Ligue Tunisienne de Défense des Droits de L’Homme, de nombreuses personnalités indépendantes ainsi que des avocats sont venus soutenir les militants de l’ALTT, mais ils furent empêchés d’arriver jusqu’au gouvernorat.

Vers 15h30,un grand nombre d’agents appartenant à une section de la police politique, tristement célèbre pour ses agressions contre les militantes et les militants du mouvement démocratique, sont arrivés pour enlever chacun des dirigeants de l’ALTT : Mr Ali Ben Salem (74ans), fut jeté sans ménagement aucun dans le métro ; Ridha Barakati, vivement agressé, puis jeté dans un taxi, sommé de le déposer loin de la capitale. Quant à Me Radhia Nasraoui, elle a été malmenée et traînée de force par 17 ou 18 agents, depuis le siège du gouvernorat jusqu’au Boulevard Mohamed V, en passant par des rues et ruelles. En ce faisant, les agresseurs ne cessaient de la menacer et de l’insulter publiquement. Elle a été ensuite séquestrée dans un coin isolé par ses kidnappeurs et n’a été libérée que vers 17h.

L’ALTT dénonce ces agissements barbares qui prouvent encore une fois que les autorités s’obstinent à porter atteinte à la dignité des Tunisiennes et des Tunisiens et à les priver de leurs droits les plus élémentaires comme celui de constituer des associations.

Les autorités ne sont même pas en mesure d’assumer la responsabilité de recevoir un dossier pour la constitution d’une association. Ceci au moment ou elles n’arrêtent pas de donner des leçons aux autres en matière de respect des libertés et des droits humains, comme à l’occasion du sommet arabe… ou à toute autre occasion.

L’ALTT appelle toutes les composantes de la société civile de faire face à ces pratiques barbares qui laissent présager le pire. Elle informe l’opinion publique qu’elle envisage de porter plainte contre les agresseurs et leurs chefs pour détournement, agression et abus de pouvoir.

Le Secrétaire Général

Chokri Latif