Appel pour la libération immédiate de Maître Abderrahman AL-LAHEM

 

De la Commission arabe des droits humains

 

 

                  

                    A Monsieur le rapporteur spécial pour l’indépendance

                        des juges et des avocats.

                        Haut Commissariat des nations unies aux droits de l’homme

                        8-14 Avenue de la Paix

                       1211 Genève 10 (Suisse)

 

           

 

 

Genève, le 09 novembre 2004

 

 

 

Concerne : Demande d’action urgente concernant  Maître Abderrahman AL-LAHEM, avocat, arrêté le 06 novembre 2004 (Arabie Saoudite).

 

Monsieur le Rapporteur spécial,

 

 

Nous avons  l’honneur de solliciter votre intervention urgente à la suite de l’arrestation le samedi 06 novembre 2004 de maître Abderrahmane AL-LAHEM, avocat et militant  des droits humains, actuellement  détenu à Ryadh par les services de sécurité saoudiens.

 

Maître Abderrahmane AL-LAHEM est né à Al-Shamassia le 23 août 1971, il est marié et père de deux enfants.

Il exerce la profession d’avocat à Ryadh depuis cinq années.

Il est membre de la Commission arabe des droits humains dont le siège est à Paris.

Il a collaboré au quotidien saoudien Al-Watan pendant deux années, avant d’être interdit d’écrire dans la presse nationale en raison de ses articles et publications juridiques dans le domaine des droits humains.

Il écrit depuis régulièrement dans la presse arabe des articles, et analyses juridiques sur la situation des droits de l’homme et des détenus d’opinion dans son pays.

 

Il a publié en particulier des analyses intitulées :

-« Les droits de l’homme en Arabie Saoudite et l’illusion du particularisme».

-« Lorsque les réformes sont un crime en Arabie saoudite »

-« La guerre au terrorisme et les droits de l’homme en Arabie saoudite ».

 

Pour cette raison, il a été interpellé le mois de février 2004 et il lui a été reproché d’avoir écrit dans la presse étrangère de tels articles et analyses.

 

Son cabinet a été perquisitionné à la suite de cette première interpellation et son matériel informatique saisi.

Il a été interpellé par les services des renseignements généraux à chaque occasion où il a exprimé publiquement son opinion sur les questions des droits humains et des détenus d’opinion dans son pays et a fait l’objet de convocations par l’instance d’instruction en date des 05 et 10 octobre 2004.

 

Maître Abderrahmane AL-LAHEM a été interdit de voyager à l’étranger depuis plusieurs mois en raison de ses activités de défenseur des droits de l’homme et empêché de se rendre à des conférences et à des rencontres internationales, notamment celles organisées par la Commission arabe des droits humains.

 

Il a déposé une plainte contre le ministre de l’intérieur à la suite de cette interdiction

Ce dont il lui a été fait grief au cours de ses précédentes interpellations.

 

Il a été arrêté une seconde fois le 17 mars 2004 après avoir donné une interview à la chaîne de télévision arabe Al Jazeera au cours de laquelle il a rapporté la vague d’arrestation menée contre de nombreux intellectuels saoudiens ayant appelé à l’instauration  de réformes politiques et à la promulgation d’une constitution.

 

 

Libéré après huit jours de détention, il s’est constitué pour assurer la défense de ces intellectuels, figures importantes du mouvement réformiste saoudien, les Dr Matrouk AL-Faleh, et Abdellah Hamed et Monsieur Ali Al-Damini unanimement considérés comme des prisonniers d’opinion.

 

Il  a été désigné par ses confrères du barreau saoudien comme le porte parole du collectif d’avocats constitué pour assister les accusés lors de leur procès toujours pendant.

 

A la suite de nombreuses violations des droits de la défense et des accusés en cours de ce procès, maître Abderrahmane AL-LAHEM, n’a pas manqué de les dénoncer et de réclamer avec force le respect de la loi.

 

Maître Abderrahmane AL-LAHEM fera également l’objet de  communications distinctes, en sa qualité de défenseur des droits de l’homme, à Madame la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies pour la question des défenseurs des droits de l’homme.

 

Les entraves, intimidations, harcèlements et autres ingérences indues dont fait l’objet Maître Abderrahmane AL-LAHEM dans l’exercice de sa profession constituent  une violation des principes de base du Barreau  adoptés par les Nations Unies.

 

Le Principe 14 dispose en effet que :

 

En protégeant les droits de leurs clients et en promouvant la cause de la justice , les avocats doivent chercher à faire respecter les droits de l’homme et les libertés fondamentales reconnus par le droit national et international et agissent à tout moment librement et avec diligence, conformément à la loi et aux normes reconnues et à la déontologie de la profession d’avocat.

 

Le requérant a toujours agi dans le cadre et en conformité avec ce principe fondamental établi et adopté par les Nations Unies ainsi qu’en conformité avec les lois internes de son pays et les règles et usages de sa profession.

 

Les mesures prises contre lui constituent également une violation du Principe 16 qui dispose que :

 

Principe 16 : Les pouvoirs publics veillent à ce que les avocats :

 

a)      puissent s’acquitter de toutes leurs fonctions  professionnelles sans entrave, intimidation, harcèlement ni ingérence indue

 

b)      Puissent voyager et consulter leurs clients librement, dans le pays comme à l’étranger.

 

 

c)      Ne fassent pas l’objet, ni ne soient menacés de poursuites ou de sanctions économiques ou autres pour toutes mesures prises conformément à leurs obligations et normes professionnelles reconnues et à leur déontologie.

 

 

Nous avons par conséquent tout lieu de craindre qu’il ne fasse l’objet de sanctions pénales dans le seul but de l’empêcher d’exercer ses activités professionnelles et de défenseur des droits de l’homme.

 

Pour toutes ces raisons,  la Commission arabe des droits de l’homme et l’Association Al Karama pour la défense des droits de l’homme, sollicitent  votre intervention auprès du gouvernement d’Arabie Saoudite afin de lui demander de libérer immédiatement Maître Abderahmane AL-LAHEM et de  prendre les mesures nécessaires de nature à mettre un terme aux pressions et entraves l’empêchant d’exercer sa profession d’avocat et ses activités de défenseur des droits de l’homme en toute indépendance.

 

Veuillez agréer, Monsieur le Rapporteur spécial, l’expression de notre parfaite considération.

 

 

 

 

Pour l’Association Al Karama,                 Pour la Commission arabe

                                                                des droits humains

Son représentant :                                   Son porte-parole :

 

Me Rachid Mesli                                      Dr Haytham Manna